• Céline Dion: René ne va plus bien du tout

    Bon, d'accord, passé la provocation du titre de cette chronique, et avant que les fans ne m'offrent un

    tsunami d'insultes plus viles les unes que les autres, visez le clip ci-dessous. Allez-y. Fans ou pas fans. Même si l'envie de me dégommer la tronche vous travaille, regardez. Et on discutera après, promis.

     

    Impressionnant, isn't it?

     

    Chacun aura compris qu'il n'y a aucune raison de prendre ce deuil au sérieux si la principale intéressée n'en fait rien elle-même. Le drame ne devient rien d'autre qu'un argument de promo,un ego-trip de la solitude et du malheur, une insulte à toutes les mères de famille du monde qui doivent tenir le coup quand papa est mort, d'un accident de la route, d'un cancer fulgurant, que sais-je? Céline, elle, va expliquer sur 160 plateaux télés autour du monde qu'elle a trop de peine pour parler. 

    Céline Dion: René ne va plus bien du tout.

    Et tant qu'on y est, la femme aux 650.000.000 $ de patrimoine fait casquer la ville de Montréal pour régler l'addition des funérailles nationales, retransmises à la télé, avec caméras dans l'église, gros plan sur Dion en Jackie Kennedy made in Bling Bling, les enfants, la totale je vous dit. Et là, le clou, pour le premier anniversaire, voici une jolie vidéo filmée professionnellement, avec gros plans, éclairages travaillés, énorme cœur en peluche serré contre la poitrine de la veuve éplorée, bisou sur la photo, mise en scène de la misère, misère du propos, Ô Peuchère!  On touche le fond et c'est peu de le dire.  

     

    Où sont les caméras?

    Alors... les fans qui hurleraient après ce titre ou cette chronique, souffrez qu'un minuscule chroniqueur de rien du tout ose l'écrire en espérant rendre une toute aussi minuscule part de justice aux millions de femmes et d'hommes anonymes qui n'ont ni le besoin ni l'envie de provoquer un cirque aussi grotesque autour de leur veuvage et de leur rôle de maman ou papa tout(e) seul(e). Et qui en bavent, en silence. Qui pleurent la nuit sans caméra ou qui prétendent aller aux toilettes devant les collègues pour ne pas donner en spectacle leur solitude et leur souffrance. Sans blague, merde!

    Céline Dion: René ne va plus bien du tout.De toutes façons, ça devait arriver. Depuis 4 ans, l'hésitation tenaillait régulièrement votre serviteur quant à la pertinence d'une chronique sur l'hurlant Orignal québécois. A la suivre distraitement, quelques moments de grâce - dû au hasard, je vais vraiment finir par le croire à mon corps défendant - qui diluaient une ode à l'opportunisme carriériste. Mais quand même, comme l'aurait dit Sarah Bernardt. Il y

     

    Une simple recherche "Céline Dion pleure", tentez le coup pour rire...

    avait de quoi faire, ne fût-ce que par la popularité du personnage. Alors que le doute perdurait, c'est elle qui est finalement venu me chercher avec cette ultime tarterie attrape - gogos de clip funèbre.

    Un observateur assez proche de Michael Jackson avait répondu  en 2011 aux questions angoissées de fans sur un forum, en tentant de leur expliquer que la réalité d'une star et du public étaient aussi éloignées que la terre de la lune. Et qu'il n'y avait que le public pour croire aux contes de fées qu'on lui donne à avaler. Le monde réel l'est pour tous: avoir foi en la fabrication d'une vie privée mise en scène, c'est comme toutes les croyances: immatériel et impalpable, cela n'existe pas.

     

    Utérus mon amour

    Revenons à notre chère Hurlante. Je vais étonner les fans jusqu'ici ulcérés par mon propos gentiment ricanant: dire que Dion n'a pas de talent, c'est ridicule. Elle en a. De temps à autres, Céline pense à oublier sa pose de voix chuintante et giscardienne, ses cours de chant et ses coachings émotionnels de pacotille pour simplement chanter et laisser la musique envahir son interprétation.  Dans ces moments-là, miracle! On parvient à oublier les aventures de son utérus auxquelles nous avons droit depuis 25 ans, ses larmes de crocodiles et sa fausse naïveté, et l'on entend une interprète de premier ordre transcender le matériel qu'on lui a donné. "Pour que tu m'aimes encore", "L'amour existe encore", "Je t"aime encore" (l'observateur attentif notera que le mot "encore" semble coller à Dion comme une seconde nature... Un mot: une personnalité), "All by myself" sublimé -malgré ou à cause de son irrésistible gueulante tordue et éraillée, véritable Graal de toutes les chanteuses de karaoké du monde-, "Encore (encoooore) un soir"... .

    Pour ce titre justement, hommage à René et évocation réussie de la solitude nouvelle de Céline, si seulement quelqu'un avait pu la persuader de se la boucler quand René a cassé sa pipe, pas d'interviews, rien,nada, et de simplement sortir cette magnifique chanson en guise de témoignage au public, c'eut été parfait. Et -chose à laquelle elle ne nous a vraiment pas habitué- très classe. Las! Il a fallu qu'elle commente, cause, décrive, détaille, raconte, cinq fois, dix fois, cent fois, et tout le charme de la chanson a été flanqué par-terre. Le magnifique et funèbre hommage, taillé à la serpe par un Goldman inspiré, se retrouve projeté en trois minutes au rayon Nous Deux - Intimité, Veuve et Jolie, Encart Kleenex clignotant dans le coinde l'écran pendant la cinquantième interview, on a envie de lui filer une baffe... sans attendre.

    Il est de bon ton de ne pas aimer Dion, ou de railler son succès. Mépris de caste, insupportable. Personnellement, je ne la méprise pas, ou du moins ni son succès, ni son public (tant qu'il ne vire pas au troupeau de fanatiques pur jus, mais cela vaut pour n'importe quel artiste). Mais je lui en veux. Car malgré les apparences, je l'aime bien. On sent la fausse gentille névrosée qui hurle sur ses assistantes, exige à n'en plus finir, hyperactive, hystérique, insupportable, faussement bonne fille et vraiment capricieuse.

     

    Crédo-zéro

    Céline Dion: René ne va plus bien du tout.

    Au départ, il y a de quoi faire pleurer dans les chaumières. Famille nombreuse mais unie.
    Tout le monde, chez les Dion, pousse la chansonnette autour du feu dans l'âtre. Impossible d'avoir accès à autre chose, lisse dès le départ. Mais Céline pousse mieux que les autres et cela n'échappe pas à René Angelil, qui la rencontre à... 14 ans (on connaît un noir assez gris qui en a bavé pour moins que ça) . Jusque là, René a chanté lui aussi dans les années soixante (fini), managé Ginette Reno (fini aussi), et gère à la petite semaine quelques carrières locales. La légende veut que maman Dion lui envoie une cassette de la plus sonore de ses filles, un enregistrement de "ce n'était qu'un rêve", chanson familiale. Angelil, joueur de poker accompli, et ce n'est pas anecdotique, va tout miser sur cette jeune fille peu glamour mais dotée d'une voix et d'une musicalité hors du commun. Suivons la légende donc.
     

     

    Modèle original. Quand elle disait qu'elle voulait tout comme Jackson...     

    En rencontrant René -qui promettait la lune à la gamine de 14 ans, on se demande bien pourquoi...-, elle démarre avec une exigence unique: "Je veux devenir aussi célèbre et vendre autant de disques que Michael Jackson". Tout est dit: ce qui fait courir Dion, c'est la célébrité et le box-office. René a tenu parole -et le reste-, et Céline est devenue la Mireille Mathieu 2.0, l'incarnation apocalyptique du toc gueulard et vulgaire mais avec quand même un petit quelque chose, du talent certainement, mais comparable à celui qui consiste à emballer avec brio et inventivité du jambon industriel. Dans la carrière de Céline Dion, vous ne trouverez aucune tentative artistique crédible. Les seules idées exploitées sont celles qui augmentent les ventes et s'attaquent à une part de marché encore vierge. Il lui faut mettre la France à genoux? Elle s'adjoint en 1995 les services de Goldman qui lui offre sur un plateau plusieurs titres griffés et réussis. 

    Céline Dion: René ne va plus bien du tout.Pas avare et assez séduit par la virtuosité technique de la Montréalaise, qui le change des chouineuses Made in France,  JJG lui apprend aussi à ne plus gueuler, introduit de la nuance dans ses vocalises atomiques et la maîtrise comme personne ne l'a fait avant lui. Ce faisant, il parvient à donner une crédibilité à une ambitieuse qui en manquait. Dion rouleau compresseur qui bouffe tout ce qui est en travers du chemin, c'est connu, mais Dion qui écoute et analyse, Dion qui tout à coup réfléchit à ce qu'elle veut raconter? Voire même, Dion dans la retenue? Elle trouve en JJG un René mais modèle boy-scout: le grand frère protecteur qui lui file du plomb dans la cervelle en l'extrayant quelques semaines de son milieu aux allures mafieuses, avec la figure du parrain tout puissant (il tiendra d'ailleurs le rôle dans un téléfilm québecois!),

    Dion & Geddes: pitié...

    Don Angelone,un Orlando piqué aux stéroïdes, ses sbires, ses envoyés spéciaux dans les maisons de disques et les radios pour arracher le succès de gré ou de force. Passé cette parenthèse, Céline retrouve immédiatement ses réflexes: blablas interminables sur l'enfantement, les montées de lait, les embryons surgelés, déification de la maternité et de la grossesse. Céline Dion devient la déesse des merdeufs sous Xanax du monde entier. Elle est tellement politiquement correcte, tellement lisse, marketée au point de plaire à un martien, que la substance, déjà pas bien épaisse, se raréfie: Céline Dion, passé l'album "D'eux",va commencer à radoter jusqu'à la folie furieuse, aussi givrée que ses ovocytes, le regard dingo, la pause triste quand il faut être triste, gaie la seconde d'après, quand il faut être gaie. 

    Et ça marche! Car un monde où l'on pleure sur des milliers de morts en une émoticône avant de s'envoyer le dernier buzz rigolo dans la même minute est un monde taillé sur mesure pour Céline Dion.

     

    Iceberg droit devant

    "My heart will go on"en 1998, qui va lui valoir un succès planétaire, eh bien! Son instinct infaillible lui disait... qu'elle n'en voulait pas. Beurk. L'est vrément trop bêt' c'te chinson sul'batô qui coul' lô... Heureusement, l'homme de l'ombre a des oreilles et sent que sa Céline en bande son de ce film titanesque (c'est le cas de le dire), ça va le faire. Il tient son Yesterday, son Jailhouse rock, son Satisfaction à lui. Quiconque voudra s'attaquer à cette chanson se mesurera immanquablement à sa jument. Comme avec la plupart des chansons qui n'éveillent qu'un intérêt moyen chez elle (et qui du coup la font travailler à l'économie), le résultat est magnifique. Bravo R'né, bien vu! Céline, elle, va se dépêcher d'oublier qu'elle ne pouvait pas saquer la chanson et en faire son hymne personnel. Sur scène, elle déboule en longue robe-toge et la joue "attention, passage difficile" à grands renforts de mimiques faciales simiesques. Le tout en playback par la suite, pourquoi se fatiguer aussi, franchement?

    Le vide crée l'écho et inversementCéline Dion: René ne va plus bien du tout.

    La clientèle devient volontaire, il n'est plus besoin de l'amadouer. Et à Vegas, comme Jackson là aussi, Dion ne prend même plus la peine de les cacher,  ses playbacks flagrants (The power of love, Because you loved me, I drove all night...), son ennui mortel et ce néant qui semble l'habiter. A se demander de quoi elle pourrait bien parler si elle avait su faire des enfants comme tout le monde, ou si son mari avait eu le bon goût de ne pas claquer.

                                                                                                                                                                                                                                                                   Ouh là...

    René va la caser partout où il est nécessaire de passer des accords avec les éditeurs locaux, assurer une visibilité publicitaire ciblée et installer son produit. L'Asie? Facile! On ouvre les JO en Corée, un "duo" avec un violoniste du cru au passage (Be the man), on balance des versions japonaises (la même), quelques tournées et le tour est joué. Les States? Ah! Les States! Amenez-moi Streisand, Mémé Mainstream va m'adouber ma pouliche avec un duo bien collant, on positionne Céline dans la catégorie Divas pop, terme horripilant mais gay friendly et qui impressionne les ricains. La donzelle sait gueuler, gueulons! Jusqu'aux absurdes duos, trios et quintets des Diva's Live, "You make me feel like a natural woman", concours de hurlements qui feraient avouer n'importe quel prisonnier de Guantanamo plus rapidement que la simulation de noyade si chère à Trump. C'est artificiel et posé à mourir à chaque fois, mais commercialement ciblé pour être imparable. La course au succès exige le don de soi et Céline est partante pour tout lui céder: dignité, crédibilité, réflexion. De Star Academy en The Voice à l'international, de toutes les coteries, même les plus abjectes, Céline se fait la guest-star ou marraine de luxe  comme d'autres professionnelles du même qualificatif, le sex appeal en moins. 

    Le charme de la ritournelle existe et les chansons populaires méritent le respect. C'est en tous les cas la position de votre serviteur, anti-snob acharné. Mais la chanson populaire n'excuse pas l’attitude populeuse. Ce qui sépare les deux adjectifs est ce qui sépare Dion de Piaf. Un vernis de talent et de don, un ravin entre le génie et l'affectation, certainement. Mais aussi une incarnation aussi épaisse qu'un papier à cigarette. Une personnalité à ce point formatée, calibrée, inexistante serait-on tenté d'écrire, qu'elle abîme ce qu'elle fait de mieux ou ce qu'elle réussit haut la main. Une voix, certainement. Non pas parfaite, comme on a coutume de l'entendre. Nasillarde dans les aigus et les médiums, instable dans les graves, souvent techniquement surestimée. Mais une voix indéniable, l'élément le plus concret et le plus réel de Dion. Sa plus grande part de personnalité.

     

    Immatérielle 

    Céline Dion: René ne va plus bien du tout.René fait ce qu'il faut pour que sa Céline soit la première. Opérations esthétiques en rafales, relookings au bazooka, lissage, trempage, essorage, la petite Dion n'en finit plus d'être travaillée comme une pâte à modeler pour que l'emballage véhicule la voix avec efficacité. Problème: elle ne dégage pas beaucoup. Comme le souligne avec cruauté l'imitatrice Sandrine Alexis: "Après mes examens médicaux, on s'est rendu compte que je manquais de charisme, j'en avais pas du tout, lô..." (la même humoriste avait dégainé en arrivant en fausse Céline: "Bonsoir Paris! Ça va bien? Vous êtes combien ce soir? Huit cent quatre-vingt-quinze mille euros, c'est formidable!"). 

    Votre serviteur l'a vue sur scène, en 1998. Première partie massacrée bien entendu: Dany Brillant s'égosille, c'est une bouillie sonore impitoyable qui le fait passer pour un amateur. Quand la star déboule, entourée d'une nuée d'enfants, tous vêtus de robes blanches de premiers communiants, le son est miraculeusement parfait. Le niveau remonte d'un cran, fatalement, ne fût-ce que parce que l'on entend enfin quelque chose.

     

     

     

     

    Madonna peut dormir tranquille.

    D'entrée de jeu, Dion en profite, Belgique et année 90 obligent, pour successivement faire applaudir son mari alité qui se bat contre son cancer et "qui vous voit, là" (ovation), puis pour adresser une prière aux "petites filles disparues" (Julie, Melissa, An, Eefje, Loubna, Elisabeth, une nuée de gamines enlevées, violées et torturées, et dont le sort bouleverse la Belgique et le monde entier) à qui elle pense "très fort" et "qu'elle voudrait que notre monde soit un abri pour les enfants, je vous demande de les applaudir" (standing ovation gênante et hystérique). Avant de continuer son concert avec une bonne marge d'avance sur les applaudissements à venir. A l'époque, l'aspect putassier du procédé m'avait écœuré et, avec toutes mes excuses, les fans, je garde le même avis aujourd'hui. Bon, le concert file avec pas grand-chose à se mettre sous la dent. Des cœurs sur scène, des cœurs partout. Une mise en scène absente, des arrangements sans aspérités. Un moment d'émotion réussie au milieu du concert pourtant: "S'il suffisait d'aimer", un projecteur, un piano et la chanson. Enfin, il se passe quelque chose dans le stade plongé dans la nuit. Las! Ça ne dure pas et retour aux grosses ficelles avant de finir sur Titanic.

    Une voix

    Dion, c'est une voix avant tout. C'est sur cette base qu'elle est vendue et célébrée. Il en va de même pour des dizaines de ses collègues et des millions de chanteuses de karaoké anonymes. Mais une voix sans âme, sans intentions, sans tripes, privée d'ambitions artistiques, n'est presque rien. Un don au mieux. Parfois, Céline s'en souvient et bouscule son train-train. Beaucoup trop rarement.

    Forcément donc, surtout et pourtant, une voix trop fréquemment au service de pas grand-chose, hélas. Ainsi, ses albums offrent deux ou trois titres renversant pour dix autres dégueulés à la va-te-faire-voir, du vent, du gnan-gnan ad nauseam.  Des histoires de petites filles, de maman, de papa, de sœurette, et surtout, tout le temps, de bébés, du Anne Geddes (avec qui elle a pondu une horreur de bouquin saturé de nouveaux-nés posés comme des objets d'adoration) en musique, un axe rase-motte de communication et de création qui vise famille, patrie, religion, point barre. Tout se fabrique, jusqu'à son discours répété soir après soir, à la virgule près, au public de Bercy lors de sa tournée francophone fin 2016. Des mots qui viennent du cœur mais défilent sur prompteur. Et pour parler de sa peine, Dion doit la lire, avec le sanglot dans le texte. 

    Dommage. Ou tant mieux, après tout. Céline a ce qu'elle voulait: super riche, super célèbre. 

    Cela suffira-t-il pour lui apporter ce qui ne se fabrique pas, respect pour le talent et souvenir ému, lorsqu'elle sa voix se sera tue?

    A voir...

     

     

     

     

     


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    1
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