• Mika: Thank God that you found me

    Dysphasie

    Extrait d'un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre:

    La dysphasie est un trouble central lié à la communication verbale. Elle peut cibler plus particulièrement l'expression (dysphasie expressive), la compréhension (dysphasie de réception) ou les deux à la fois (dysphasie mixte). Ce trouble a des répercussions de longue durée sur la communication du sujet atteint, puisqu'il s'agit d'un trouble structurel de l'apprentissage du langage, d'une anomalie du développement du langage

    Mika: Thank God that you found meAinsi naît Mika qui voit le jour au Liban mais vit ses 8 premières années en France. Coup de tonnerre, toute la famille déménage à Londres et Michael Penniman se mure dans un mutisme complet pendant de longs mois (à noter qu'il doit s'agir d'un réflexe courant chez les artistes: Mylène Farmer a vécu stricto senso la même chose, en quittant la neige du Québec où elle a grandi pour les rues grises de Paris cette fois).

    Ni spécialistes ni psychologues ne parviennent à débloquer l'enfant, si ce n'est pour établir un diagnostic: dysphasie. Il a 11 ans lorsqu'il réfugie son monde du silence dans la musique: il émet à nouveau des sons, pour chanter un opéra de Strauss! La musique, chant et piano, devient son oxygène.

     

    Mika reste un adolescent timide et réservé, sauf quand la musique le guide. Première histoire d'amour, et la plus définitive certainement. Bien né dans une famille aisée, il est inscrit à la London School of Economics. Il n'y passera pas un jour, allant s'inscrire dans le même temps au Royal Music College où il est intégré directement.Mika: Thank God that you found meMika: Thank God that you found me

    Repéré sur la BBC, dont le site met en ligne une de ses premières chansons, Relax, il parvient à truster les premières places de plusieurs classements européens.

    Il déboule finalement en pleine lumière avec de faux-airs de one-shot : un titre hyper catchy (Grace Kelly) aux envolées lyriques qui ne sont pas sans rappeler Queen dans leur forme la plus folle. Mika le dit d’ailleurs lui-même d’entrée de jeu :

      

      

    I try to be like Grace kelly

    But all her looks were too sad

    So I tried a little Freddie

    I’ve gone identity mad!

     

    La chanson-phare est née des refus successifs de toutes les maisons de disques de parier sur ce gars aux allures de brindille élastique, un type coloré arborant un perpétuel sourire enfantin contrastant avec un regard souvent mélancolique et profond.

     

    Ce que les pontes n’ont pas vu, c’est que ce garçon qui aura frappé à toutes les portes trimballe une identité saturée de pop. Et même plus, il est tout simplement pop jusqu’à la moelle. Preuve s’il en fallait encore que ce qui a mené à la crise du disque actuelle a de multiples origines, dont l’une fut clairement l’absence totale de flair pop-rock chez les directeurs artistiques et responsables catalogue des majors…

     

    Mais que faut-il que je sois?

    Michael Penniman s’entend dire à longueur d’auditions qu’il est trop ceci ou pas assez cela ; que Robbie Williams (qu’on lui conseille d’imiter !) et James Blunt occupent déjà la place ; il doit se farcir également des sentences éclairées du genre qu’il devrait impérativement changer son look, qui est lui aussi trop chamarré ou pas assez selon les goûts, qu’il devrait plus bouger, non finalement moins.

    Qu’il devrait choisir une autre voie, il n’a pas ce qu’il faut.

     

    C’est grâce à ces gens pratiquant la politique du panel qu’un authentique phénomène pop doublé d’un mélodiste et compositeur ayant réellement digéré l’héritage invraisemblable de Queen a manqué de se faire refouler des portes de la gloire auxquelles il pouvait pourtant largement prétendre.

     

    A quelques années près, il aurait pu se faire griller la politesse : George Michael s’était déjà frotté aux impossibles vocalises Mercurystes avec brio mais n’aura finalement pas cherché plus loin, travaillant dur pour accoucher d’une esthétique personnelle couvrant de larges horizons et, âge oblige, des courants musicaux bien plus lointains (jazz, blues). Pour finalement s’astreindre à des compositions de plus en plus délicates exigeant des ressorts de respirations et de timings chirurgicaux. George Michael a déjà réussi l’exploit de s’extraire de Wham, de casser son image de poster boy avant qu’elle ne vire ringard pour se transformer en arbitre de style british sobre et efficace, mâtinant ses albums de sophistication, d’inserts vocaux appuyés, d’effets impossibles chez n’importe qui d’autre. Pour lui, la course au tube est terminée, le Grec briton le plus célèbre de la planète a de l’ambition pour assurer la pérennité de ses talents, mais son regard porte dans des directions tout à fait opposées au torrent pop.

     

    Grace Kelly sort donc dans un joyeux bordel en 2006, après quelques compositions alimentaires (publicités, etc.) témoignant des années-galères du fils de bonne famille. D’abord en téléchargements, puis adoubé à un autre titre, avant de tracer sa voie comme un missile dans les charts du monde entier. L’irrésistible progression mélodique qui n’est pas sans évoquer –de loin- un Love is all de John Fogerty mais avec un côté rafraîchissant, tout à fait dans l’air du temps.

     

    Le look du nouveau venu n’est pas sans attirer l’attention lui non plus : entre déglingue ado et exubérance de folle perdue, jeans tuyaux de poêle et froufrous de chemises à jabots, Converses dorées, haut de forme, cravate vintage eighties, tout y passe.

     

    Mika: Thank God that you found me

    Life in cartoon motion sort en 2007 sur Island Records et c’est un chef d’œuvre, on pourrait musicalement parler de Thriller de sa génération. La cohérence des compositions est implacable et l’aspect déjanté des arrangements ne masque pas la virtuosité du musicien.

    Quand aux thèmes abordés, une obsession chère à Mika (l’adolescence) et surtout, tout ce qui est différent : les grosses, les hétéros qui tombent amoureux d’un homme, les sucettes –avec un sous-entendu plutôt graveleux... Pas un seul titre de remplissage, chaque étape du disque a son importance et démontre surtout les incroyables capacité de l’auteur : pop-dance prêtant au remix et dancefloors (Relax, qui était déjà sortie en 2006 avant que l’album soit en chantier), pop traditionnelle aux thèmes sensibles (Big Girl, Billy Brown), monstres pour charts (Grace Kelly, Stuck in the middle, Love today…), confession crève-cœur (Happy ending). Un premier album à la créativité parfois presque hystérique, alliant les témoignages d’une amie libanaise (maman est libanaise, papa est américain) au sujet de son mari mort ou de son œil crevé pour conclure Relax, take it easy

     

    La sœur de Mika lui offre un visuel ultra coloré, appuyant une quintessence pop pour carte de visite avant même d’avoir écouté un seul titre (elle rééditera ce service pour l’album suivant, avant que Mika ne fasse preuve d’une volonté expérimentale qui le mènera vers d’autres contrées musicales).

     

    Résultats : près de 20.000.000 de ventes cumulées dans le monde. A l’ère de l’effondrement du marché, c’est un véritable exploit. C’est surtout un démarrage des plus lourds à assumer, car le risque est grand de tomber dans le complexe Jackson et de chercher à tous prix à dépasser une performance historique, quitte à en perdre la raison.

    Mika secoue le ronron du marché pop en y ramenant une exigence de cohérence, de travail de fond qui avait tendance à se faire discrète ou prétentieuse et artificielle.

    Ainsi, les atermoiements trop léchés de Robbie Williams finissaient par lasser, Blunt se retirait de lui-même pour éviter d’affronter tant le four que les affres de la création pour parvenir à renouveler un stock de deux albums qui, pour magnifiques qu’ils sont, n’en sont pas moins composé des deux mêmes chansons déclinées en tous sens. Quand au troisième et novateur poids lourd pop made in Britain, le groupe Keane apparu en 2004, le leader sombre hélas dans la drogue et les albums s’en ressentent.

     

    Mika est d’une autre trempe, un bonhomme plein de poésie et gardant pourtant les pieds sur terre. Il entend bien le montrer maintenant qu’il en a les moyens.

    Il découvre donc avec un bonheur impossible à dissimuler que le public chavire pour sa musique, que ce qu’il a à dire peut intéresser ou toucher les gens. Il fera l’aveu de son intense satisfaction en constatant qu’il échappe à la peopolisation et que s’il suscite l’enthousiasme, c’est pour la qualité de ses chansons. Mika veut bien être une star, mais pas pour n’importe quelle raison. Il le prouvera dans les années suivantes.

    Mika: Thank God that you found me

    Vient le passage obligatoire : la scène. Comment traduire le délire coloré du musicien en live ?

    Les critiques avaient disséqué l’album avec plus ou moins de goûts, allant du fol enthousiasme aux articles assassins (Brian May, de Queen, en viendra même à clouer une certaine revue musicale au pilori devant le flot d’attaques personnelles, ayant sans doute bien compris que ce gamin-là était le premier à pouvoir prendre la relève du défunt Freddie).

    Il est donc attendu au tournant.

     

    C’est mal connaître Mika, dont les ingrédients ne sont pas fabriqués mais tout simplement en lui. Les concerts vont lui permettre d’exploiter et démontrer une qualité devenue denrée rare : il est libre. Totalement libre. Debout sur son piano, sautant du fond de scène, grimpant sur la batterie. Tout cela pourrait relever de la pure singerie s’il n’y avait sa joie de vivre communicative, ce délire cartoonesque justement, entre la parade de Gotham et le carnaval de Rio. Passant avec aisance des 55,000 spectateurs du Parc des Princes à quelques milliers en salles intimes, écumant tous les festivals, Mika promène sa dégaine de doux-dingue déjanté, entre couleurs flashy, saturation pop, bretelles aux chevilles et bonds élastiques.

    Mika: Thank God that you found me

    L’exploitation de l’album suit son cours avec un bonheur identique, un tube succédant à l’autre. Mika se retrouve diffusé jusqu’à saturation sur les ondes planétaires en plus de son succès en magasins : consécration. On assiste alors à un phénomène classique : les maisons de disques qui naguère l’envoyaient paître sortent l’une après l’autre des succédanés, des Mika qui n’en sont pas. Le style est exploité un peu partout (même en France avec l’insupportable Sliimy, une coquille vide et poseuse) pour tenter de vendre celui-ci, celle-là ou vise mon groupe, il sonne comme Mika (mais en mieux, bien entendu).

     

    Le garçon qui en savait trop

    Mika: Thank God that you found me

     Le second album, The boy who knew too much, est une prise de risque zéro, ce qui n’est pas toujours un mal en soi : les visuels toujours signés par la sœur de Mika, les chansons, les arrangements, les thèmes, rien ne bouge. Au point que l’on en vient à se demander si Life in cartoon motion ne devait pas être un double album à l’origine. Mais après le raz-de-marée de ce dernier, il est inévitable qu’assumer une suite sert avant tout à confirmer les capacités démontrées, à prouver que le savoir-faire est bien réel et non le fruit du hasard. Le tout est lancé avec le single « We are golden », qui installe une pop colorée et gorgée d’adolescence. Le clip, plus inquiétant, montre un Mika hystérique en caleçon dans sa chambre d’ado, prêt à exploser, un hamster dans sa cage… les textes sont plus sombres et Mika lâche qu’il voulait un titre « plus ridicule encore » pour cet album. Malaise.

     

    Car si le résultat n’est en rien médiocre, il n’offre pas la même évidence que son illustre prédécesseur. Quelques manques d’éclats, un aspect plus linéaire font que certains titres n’ont pas le potentiel des précédents. « Le garçon qui en savait trop », c’est probablement plus qu’un aveu, car c’est bien ce qu’il manque à cet album : l’innocence de la découverte, l’appétit de partir à l’assaut de terres en friches. Pressé comme un citron par son label, sommé de rééditer l’exploit du premier album, coupé de ses bases affectives, Mika se sent perdu et totalement isolé.

     

    Le succès, bien que conséquent, n’est pas aussi impressionnant non plus. Mika continue son chemin sans s’inquiéter le moins du monde. Pas carriériste pour un penny, l’appétit de vie et l’expression de son art semblent lui suffire. Les singles font des performances honorables (l’irrésistible Rain, l’ultra-pop Blame it on the girls…) mais on est loin du phénomène de Life in cartoon motion et c’est tant mieux. Le complexe Jackson évoqué plus haut ne se développe pas, et c’est même le contraire qui se produit : une promo plus discrète pour ce deuxième opus en presque demi-teinte et miser un maximum sur la scène (et donc sur l’approfondissement de la relation avec le public). Coup de tonnerre dans son ciel qui commençait déjà à bien s’assombrir : à Londres, sa sœur se défenestre accidentellement et termine sa chute en s’empalant sur une grille deux étages plus bas. Elle survit. Mika consacre une année entière à prendre soin d’elle et à accompagner son rétablissement. Et par la même occasion décide qu’il y a d’autres choses que la musique. Il passe en revue ses priorités. Et son mal-être au scanner. Direction le piano.

     

    Way out

    Mika: Thank God that you found me

    L’artiste tente quelques excursions plutôt réussies : Kick Ass, bande originale du film du même nom en collaboration avec Redone, l’homme derrière les tubes monstrueux de Lady Gaga, prend tout le monde de court et lui permet de savourer à nouveau l’ivresse des classements et passages radios.

    Il en signe le texte, des mots dans lesquels il se livre avec précision à ce stade de sa vie, tout en parlant du film en lui-même :

     

    We are young
    We are strong
    We're not looking for where we belong

    We're not cool
    We are free
    And we're running with blood on our knees

    We could rule the world
    On a silver platter
    From the wrong to the right light
    To the open stream
    With a crash and burn
    We can make it better
    Turn it upside down
    Just you and me
    We are the dream
    No other way to be

    We are young
    We are strong
    We're not looking for where we belong

    We're not cool
    We are free
    And we're running with blood on our knees

    I could change the world
    I can make it better
    Kick it up and down
    Took a chance on me
    When you fake a smile
    And you think you're better
    Gonna put it down
    Whip it at your feet
    No bridge to burn
    Nowhere to turn for me

    We are young
    We are strong
    We're not looking for where we belong
    We're not cool
    We are free
    And we're running with blood on our knees

    What do they know about us?
    Are they thinking of somebody else?
    Are they wondering what we might be?
    Are they thinking of you or of me?

    We are young
    We are strong
    We're not looking for where we belong
    We're not cool
    We are free
    And we're running with blood on our knees

     

    Et confirmera en interview:

     

    It's written completely for the film. I loved the film. It panders to all my weird obsessions and perversions. It's demented! It's wrong in every way, that's why it's so right”.

     

    Dans la foulée, il collabore –excusez du peu- à un titre pour le nouvel album de Madonna, MDNA.

     

    Redone ou Madonna, Mika montre clairement des velléités de renouvellement et d’électro. Son écriture pop échevelée et ciselée peut-elle se fondre dans un habillage synthétique?

     

    Mika: Thank God that you found meThank God that you found me

    Le déclic viendra de la zone protégée. Et il n'y a qu'à voir le changement radical de visuel pour comprendre que Mika est en révolution.

    Car s'il refuse d’évoquer sa vie privée depuis ses débuts, répond avec mesure aux questionnements grandissants quand à ses préférences, il découvre sans crier gare qu’il n’est plus dans les aventures d’un soir : pour la première fois, il est amoureux.

    Et comme tout ce qu’il fait, il ne l’est pas à moitié.Mika: Thank God that you found me

     

    C’est alors l’écriture et la composition du nouvel album qui se déclenche enfin, une palette de sentiments nouveaux, de thèmes parfois apaisés ou fiévreux. C’est un artiste boulimique qui peut donner sens à son métier et à son art et ce faisant, le faire évoluer hors de sa bulle.

     

    The origin of love –rien que ça-, intégralement dédié – citation de l’artiste lui-même sur scène en guise de coming-out- « à l’homme que j’aime » est l’album de l’audace, des explorations et d’une écriture maîtrisée.

     

    Un texte magnifique qu’il termine en déclaration romantique:

     

    Some love is pain, some love is a candy cane

    Tastes so sweet but leave you feeling sick of pain

    Your love is air, I breathe it in around me

    Don't know it's there but without it I'm drowning

    Love, you're the origin of love

    The origin of love

    The origin of love, love, love, love

    Thank God that you found me

    Thank God that you found me

    Thank God that you found me

    Thank God that you found me

     

    Un son électro hyper-travaillé et léché, une profusion d’effets pour un design sonore se situant à un carrefour entre l’avant-garde et le matériel idéal pour exploser les baffles en boîte. Mais cette architecture nouvelle pour lui, ayant pour ambition avérée de fusionner des genres, s’agrémente de textes magnifiques et sensibles, de compositions souvent traditionnalistes perfusées au modernisme et d’une voix qui, définitivement, démontre une aisance peu commune.

     

    Si Freddie Mercury avait désiré un album en 2013, musicalement, c’aurait été celui-là. Les capacités vocales de Mika n’ont pas la même aura, le même gigantisme monstrueux. Mais Mercury, à ce niveau, a atteint des sommets himalayens qui sont une marque d’exception. On en demande pas autant à Mika qui parvient déjà à offrir un troisième album résolument électro-pop fignolé, aux compositions élégantes et travaillées en profondeur. L’héritage est enfin assumé.

     

    Niveau textes, chez Mr Penniman, on ne se planque plus. On aurait même tendance à s'arracher tous le masques sans hésiter: Overrated, un des titres les plus puissant de l'album, ne fait aucune concession sur son état d'esprit:

    Words get broken

    Cut me open

    Love confound me

    Kill me quickly

    Breathe out breathe in

    Throw me living off the deep end

    While I'm sleeping

    I'm a crazy fool

    I'm a fool addicted

    To the touch of you

    To your poison kisses

    What you got to lose

    What do you think this is?

    Nothing left to prove

    And we know that love is

    Overrated

    Overrated in this goddamn world 

    Overrated

    Overrated in this goddamn world

    Overrated

    Overrated

    Overrated in this goddamn world

    Overrated

    Overrated

    Overrated in this goddamn world

    Stars are magic

    Life is tragic

    Crime of passion

    I'm just asking

    Offered up my wrist

    And you thought you hit it

    But your arrow missed

    Couldn't kill me with it

    All I asked of you

    Was to free my pain

    So you couldn't do

    This to me again

    Overrated

    Overrated

    Overrated

    Overrated in this goddamn world

    Overrated

    Overrated

    Overrated in this goddamn world

    Words get broken

    Cut me open

    Breathe out breathe in

    Throw me living

    Words get broken

    Cut me open

    Stars are magic

    Life is tragic

    Overrated

    Overrated

    Overrated in this goddamn world

     

    Martin Solveig qui participe à la production fait sentir son influence, et pour le reste, Mika n’hésite plus à montrer par l’intermédiaire des clips la révolution qui l’anime : « The Origin of love » offre une histoire d’amour aux plans allusivement sensuels et explicites, avec de grosses références à Orange Mécanique de Kubrick.

    Mika: Thank God that you found me

    « Celebrate », hymne bondissant à la vie, explicite les zones d’ombres dont il revient, avec un Mika face à la page blanche, aux prises avec les affres de la création, se retrouvant submergé par des milliers de pages sur lesquelles il a passé le clip à écrire le même texte invitant à fêter, à ce que le monde fête, à ce que tout soit une fête.

    « Elle me dit » lui permet d’inviter Fanny Ardant pour une apparition rigolote.

    Mais surtout, « Underwater » vient apporter une profondeur nouvelle, une esthétique symbolique, un clip onirique et naïf aux codes explicites. Le clip est une merveille de délicatesse et son final aquatique est émouvant.

    Mika: Thank God that you found me Mika: Thank God that you found me

    Surfant sur son bilinguisme parfait, il signe avec Doriand plusieurs titres en français, dont « Soleil mal luné », bijou de solitude, ou le magnifique et équilibré « L’amour dans le mauvais temps » qui synthétisent parfaitement le nouveau Mika : un homme vivant une certaine plénitude et… excessivement romantique. C’est dans ces titres qu’il fait montre d’une candeur touchante, s’adressant avec très peu de pudeur à un interlocuteur que l’on devine. Aurait-il voulu écrire une lettre d’amour qu’il ne s’y serait pas pris autrement. L’impression d’ensemble est rassurante quand à son évolution artistique : si la vie se montre assez sympathique pour le laisser en bonne santé, Mika continuera encore longtemps à développer une création passionnante.

    Le look post-ado complètement dingue suit la même voie : il change de tête, le pétard cède la place à des cheveux coiffés, mis en ordre, et les fringues traduisent une affleure de maturité, le tout saupoudré d’un style qui lui est propre, alternant pantalons en tuyaux de poêle ou vestons filiformes.

     

    Underwater, The origin of love, Love you when I’m drunk, Celebrate, Stardust, Overrated sont autant de réussites étincelantes.

     

    Il s’est –selon son propre aveu- vidé de son égo. Son métier redevient plaisir, il est disponible pour tout ou presque, ne lésinant pas sur les actions charitables sans grand retentissement médiatique, tournant aussi bien à Bercy que des salles intimistes, voir des clubs.

     

    Gageons que, si l’avenir lui réserve suffisamment d’années de vie, Mika poursuivra son chemin de baladin plus que de star, position qui semble le laisser plutôt indifférent. Offrant des tranches de vie avec une sincérité rare, le tout ordonné par un talent qui l’est non moins : celui d’avoir digéré une culture pop qui l’habite et de créer des chansons dont la composition peut traverser modes, années, saisons, sans perdre une seconde de ses qualités.

    Ce n’est pas un hasard si on le surprend fréquemment en compagnie d’Adèle ou de Lady Gaga. Ensemble, ils forment la trilogie des seuls qui sont parvenus à gérer un impossible héritage de musique pop-rock.

     

    Il se comporte scéniquement avec un mélange de la folie d’avant et de la maturité d’aujourd’hui. Et une ineffable tristesse sous-tendue, discrète, rarement démontrée. Mika dévisage son clavier par moment, son regard plonge sur les touches blanches et noires comme s’il y cherchait une réponse impossible avant de se lancer dans des vocalises haut perchées et claires et de fonctionner tout-de-go en mode pétard. Rieur, incapable de se prendre au sérieux (on plaint d’avance les machinistes et les managers devant une telle boule d’énergie !), amoureux du public, Mika tient la scène comme certaines voitures peuvent tenir la route : fermement et parce que c’est leur place. Musicien avant tout, il adapte ses titres à son humeur, définissant la setlist presque au jour le jour. Grace Kelly se retrouve pliée en mode acoustique pour les couplets, avec des refrains proche du classique, petit piano taquin et martelé. Mika, tignasse vite impossible sous la chaleur, sourire moqueur, s’amuse. La salle attend l’explosion comme un orgasme et c’est lui qui décide quand et s’il l’accorde. Ce qu’il fait bien évidemment et ce sont des vagues d’énergie qui déferlent de la salle à la scène et inversement.

    Mika: Thank God that you found me

    Il gère l’émotion aussi, distillant avec adresse les chansons plus fragiles, les textes plus délicats. Alternant coups de reins et caresses. Le bonhomme est bizarrement adolescent et très mûr à la fois. Parfois allusivement efféminé mais on est loin de la grande folle perdue. Une fois de plus, on pense immanquablement à Freddie Mercury et à son naturel ravageur. La voix est impressionnante de souplesse et de résistance devant ces montagnes russes proposées pendant plus de deux heures. Le souffle en prend parfois un coup, à force de sauter dans tous les sens le contraire serait étonnant. Mais Mika intègre le tout, ne cache rien, plaisante, chante, hurle, rit, attrape un regard dans les premiers rangs, le renvoie en fond de salle, se fige, tente de défaire son nœud papillon pendant 30 minutes et partage un cri de victoire quand il y parvient enfin, gosse heureux, possédé par sa musique.

    Il entame « Underwater », sublime lettre d’amour aquatique… La scène, la salle, tout devient bleu, des bulles sont en suspensions dans l’air brumeux, il engage le public à prendre une partie des chœurs à sa charge et devant la puissance des milliers de voix qui lui répondent en harmonie, il s’incline légèrement, les yeux clos, le micro au niveau du cœur, et l’on peut l’entendre s’exclamer pour lui : « This is so fucking good… »… : le mouvement des marées pour un jeune homme poétique assis sur un croissant de lune.

     

    Shopping – Surfing

     

    Life in cartoon Motion

    The boy who knew too much

    The origin of love

     

    http://www.youtube.com/watch?v=3b8btcCmL0c

    (clip Underwater)

     

    http://www.youtube.com/watch?v=sIBXTHB0QDw

    (clip Celebrate)

     

    http://www.youtube.com/watch?v=vKBLLbwbqiY&list=PLetPejlkDpg4NbH1KBGrwh2j9QGDEbvS7&index=3

    (clip The origin of love)

     


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  • Commentaires

    1
    love mika
    Mardi 25 Février 2014 à 23:54

    J'adore Mika c'est mon chanteur préféré je l'adore c'est grâce à lui que je vais mieux car j'ai fait une grave dépression !!!!!

    Je t'aime Mika !! <3

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    2
    Caro
    Vendredi 4 Mars 2016 à 16:23

    Magnifique article. Merci.

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