• "...ça ne me dérange pas quand les fans m'arrachent la chemise... PART IV: 1935 - never

    c'est eux qui me l'ont mise". 

    Elvis Presley

     

    Une carrière post-mortem, ce n'est jamais gagné. Le temps passe vite, le souvenir s'efface. Excepté chez de rares nostalgiques de plus en plus isolés, c'est assez triste en général. Quelques exceptions viennent infirmer la règle du temps qui balaye tout, y compris des gloires que l'on aurait cru indestructibles. Le rapport de l'homme au temps, ambigu et complexe, lui fait crier "plus jamais ça" ou "pour toujours" sans réaliser l'inanité de telles déclarations. Rien ne dure, "toujours" et "jamais" n'existent pas. Simple sursis.

    Mais dans ceux qui bénéficient de ce sursis parfois convoité pour des raisons financières évidentes, il y en a un qui, une fois encore, dépasse le reste. Si vous consultez le classement Forbes des fortunes les plus importantes parmis les personnalités décédées des arts et du spectacles, vous trouverez inmanquablement dans le top 3, en général premier, suivant les décès survenus dans l'année parfois second, Elvis Presley. 38 ans après sa mort physique, Elvis de Memphis est dans une résurrection permanente, tellement proche du culte religieux qu'on ne compte plus les travaux de sociologues qui se sont intéressé de près au phénomène. Votre serviteur prend les paris: à titre de comparaison, 38 ans après la mort de Michael Jackson, il y a peu de chance que ce dernier soit encore la cible d'une fidélité comparable. Car pour s'inscrire à ce point dans la mémoire collective, il faut des éléments incontournables: le talent évidemment (et de ce côté, Jackson est largement à niveau), un fort impact socio-culturel (idem) mais aussi une image, un souvenir collectif emprunt de tendresse pour l'homme ou la femme qu'on devine derrière une image passée au statut de mythe populaire. Le travail médiatique n'y change rien, c'est une alchimie entre le consommateur et l'objet. Elvis, Marilyn sont de cette trempe. La tragédie alliée au succès précipite des personnalités simples, des gens assimilés comme biens; on l'apprend en général après quand l'entourage parle, et le monde de battre à l'unisson pour des référents culturels indéboulonnables. Le public large pardonne beaucoup de choses: les excès d'un presley, d'une Monroe, d'une Winehouse. Les failles, tellement humaines. Mais le King of Pop autoproclamé a trop noyé son image et son identité, elle ne peut se préciser dans le temps qui passe comme un révélateur pour un bain photographique -ce qui est ou sera le cas pour les noms cités- mais tout au contraire, uniquement se diluer. PART IV: 1935 - never

    Retour au King donc, et à cette carrière post-mortem plus longue que celle qu'il eut de son vivant. Et tout bonnement hallucinante. Portrait d'un homme qui ne veut pas se laisser oublier. Love me tender appliqué à la lettre par une véritable armée de fans organisés et bien décidés à garder Presley, dans tous les sens du terme.

    En 1977, les Etats Unis sont dirigés par Jimmy Carter. Le monde tourne sans internet, sans téléphone mobile, sans tablettes. Apple n'est pas grand-chose et les ordinateurs ont la taille de machines à laver. Sadate mène l'Egypte vers la prospérité avant d'être freiné dans son élan quelques années plus tard et la crise pétrolière étreint l'économie mondiale d'une poigne de fer sur fond de disco pailleté et bondissant.

    Et en 1977, cet été-là, Elvis Presley, surnommé "The King" par tout un chacun (et clairement assimilé à cette royauté tellement absente de la culture US) est toujours la personnalité la plus connue et la plus photographiée au monde, accumulant les superlatifs comme les records. Sa dimension mythique, spécifiquement aux USA, a atteint des proportions orbitales. Il est devenu patrimoine national, barricadé derrière les murs de Graceland, observant les fans de la fenêtre de sa chambre ou sur les moniteurs des caméras. En janvier, une énorme boîte est placée à l'extérieur afin que le public puisse y déposer ses voeux d'anniversaire. Nettement plus facile à traiter pour le secrétariat qui met un point d'honneur à répondre à tout le monde, même lorsqu'il s'agit d'envoyer plusieurs dizaines de milliers de remerciements l'un après l'autre. Le monde extérieur à ces murs voit, dans sa grande majorité, son occupant comme celui qu'ils ont vu 4 ans plus tôt lors d'un concert retransmis par satellite de Hawaii. Il y a bien des échos de tournées qui le disent parfois diminué ou gros ou incohérent mais globalement, pour une très grande majorité, le mythe est inchangé.

    Dans ce contexte, il y a en réalité plusieurs années à présent qu'Elvis peine à évoluer en terme de créativité, étouffant sous un statut de Dieu vivant made in USA comme le Coca, le chewing gum ou Mickey Mouse. Pour enterrer cette frustration artistique, son angoisse de vieillir, sa crainte de n'avoir rien fait de bien (le lecteur pourra s'étonner mais ce dernier point est avéré, Elvis sur la fin estimait n'avoir rien fait qui puisse durer), sa terreur de la solitude, ses millions ne servant à rien pour aller mieux, le Roi s'est enfoncé dans une toxicomanie galopante aux conséquences terribles. Ses intestins ne fonctionnent plus ou presque, il peut doubler de volume en trois jours de temps -et contrairement à la légende, en perdre autant sur le même labs de temps, obèse le lundi, nickel le jeudi- et il lui faut augmenter les doses pour parvenir à fonctionner ou à dormir.

    Le monde extérieur ne sait strictement rien de la dépression catastrophique dans laquelle il s'est enfoncé, des injections, des pilules, du sommeil comateux et de l'éveil guère plus convaincant.

    Il tente cependant de garder un contrôle sur sa vie, avec une faible énergie teintée de désespoir. En juillet, il téléphone à Gilbert Bécaud, qui passe à Graceland. Elvis veut reprendre "Le bain de minuit" (il n'en est pas à sa première adaptation du grand mélodiste français: What now my love et Let it be me sont déjà passées dans le moteur Presley). Il voit également James Brown, quelques amis.

    Mais en août 1977, les moments de conscience d'Elvis sont occupés par un fait bien précis: la parution du premier "tell all book" à son sujet. Derrière ce coup de librairie, trois ex-guardes du corps, dont deux amis d'enfance de Presley, qui ont vécus toute leur vie d'adulte à ses côtés, à son service. Ils racontent tout ce qu'ils peuvent à Steve Dunleavy, un journaliste à  ragots australien. Ce dernier s'empresse de construire un récit accrocheur autour des anecdotes, parfois salées, de ses témoins. Sexe, drogue, débauche, mégalomanie, délires, tout y passe. C'est la première fois que l'image d'Elvis, qui, comme nous l'avons vu, n'a jamais eu à souffrir de la moindre tache, s'apprête à en prendre plein la gueule.

    Aux alentours de 11 heure du matin, le 16 août 1977, Elvis Presley s'est effondré sur le sol de la salle de bain de Graceland. Dehors, le monde a tourné comme il le faisait depuis toujours et comme il continue de le faire depuis. N'empêche. Une page monumentale se tourne alors que le roi Elvis convulsionne et étouffe, en position de prière, le visage écrasé sur l'épaisse moquette. Il vomit de la bile, son visage vire au bleu, la respiration s'est bloquée. Il se mord la langue. C'est fini. Ce ne fut pas une fin facile ou indolore. Le corps que l'on trouvera 3 heures plus tard témoignera d'un décès torturé.

    Les voitures défilent sur Elvis Presley Boulevard, les gens bossent.

    Des fans sont devant les grilles de la propriété, comme d'habitude. Ils assistent à ce moment sans le savoir.

    Le Taran County convention Center est sur le pied de guerre à des milliers de kilomètres de là,  à Portland, dans le Maine. Elvis doit y commencer une tournée. Les roadies montent la scène, la sono, les tables. Le Colonel Parker, inamovible, veille à l'ensemble de l'organisation, une enchaînement d'étapes réglées comme du papier à musique. Tom Diskin lui téléphone et lui annonce un appel en provenance de Memphis, urgent. Le Colonel décroche et n'entend qu'un bourdonnement lointain. Puis la voix de Joe Esposito, le meilleur ami d'Elvis, son road manager.

    - Colonel?...PART IV: 1935 - never

    - Yes Joe! How'ya doin'?

    - I'm afraid I'v got some terrible news...

    Le Colonel dira plus tard qu'à ce moment, il a compris, avant même de l'entendre, il a su.

    - Yes, Joe?

    -... Elvis is dead.

      

      

      

      

      

      

    16-08-1977... la foule, encore. La foule, déjà. Chaos.

     

    Bien. Fin de partie pour Presley. Un enterrement qui devient immédiatement culte lui aussi (une colonne de Cadillacs blanches, rompue par une Cadillac marron... Joe Esposito, un des plus proches amis d'Elvis, qui suit la procession dans la voiture que ce dernier lui a offert...)PART IV: 1935 - never

    Et puis ce devrait être la fin.  

    Vernon, le papa d'Elvis, autorise les fans à prendre chacun une fleur devant l'océan de gerbes déposées au Forest Hills Cemetery. Il n'en restera plus une seule.

      

     

     

     

     

     

     

     

    PART IV: 1935 - never PART IV: 1935 - never

    18-08-1977: un océan de fleurs pour Elvis, données aux fans. Tout un symbole.

    Le Colonel de son côté, jamais avare d'une délicatesse, décrète que son poulain vivant constituait un problème, mort, un produit. Si l'affection du vieux bonhomme pour Presley ne fait pas de doute, son mercantilisme éhonté non plus et Parker met en place un slogan à destination des légions de fans inconsolables et du public lambda qui a été, d'une façon ou d'une autre, touché par le décès: "Always Elvis".

    PART IV: 1935 - never

    PART IV: 1935 - never

    Les fans, eux, regardent ça d'un  oeil embué et, phénomène sociologique troublant, se rassemblent sans qu'une indication extérieure les poussent à le faire. Dans les mois qui suivent le décès, ils sont quelques uns à se retrouver encore et toujours devant les grilles de Graceland. Plusieurs centaines le 08 janvier 1978, date de son anniversaire. Vernon, constatant les faits, accepte de les laisser visiter le manoir ou se promener dans le parc.

     

    En octobre 1977, deux individus tentent de voler le cerceuil d'Elvis au mausolée. Vernon demande à l'état du Tennessee l'autorisation de transférer la dépouille (ainsi que celle de Gladys, sa maman) à... Graceland afin qu'ils y reposent enfin en paix. La ville accepte, une motion est entérinée et le transfert est opéré de nuit fin octobre. Le cerceuil d'Elvis est ouvert une dernière fois à cette occasion, Vernon ayant souhaité récupérer une bague hors de prix qui avait été enterrée avec son fils. Les employés des pompes funèbres présents diront qu'Elvis n'a pas changé d'un millimètre, comme figé dans le temps. A dater de ce moment, Vernon laisse les fans toujours présents défiler devant la tombe, chaque jour. Vide, Graceland offre ses grilles ouvertes à qui le souhaite.

    En 1979, Vernon décède à son tour et rejoint son fils et son épouse dans les terres du domaine.

    En 1980 c'est Minnie Mae, la maman de Vernon (qui vivait à Graceland elle aussi) qui s'en va à son tour. Durant ces quelques années, une personne s'est faite étonnament discrète: Priscilla, l'ex en charge de la seule légataire, Lisa Marie.

    Le domaine de Graceland coûte une fortune en entretien.

    Elvis, à sa mort, n'a laissé "que" 5 millions de dollars et ses possessions (maisons, avions, bijoux, costumes...)

    Le Colonel fait presser un disque après l'autre, signe des contrats de licence pour tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi d'ailleurs. Tout est bon puisque tout se vend. Incroyable.

    1981: Priscilla montre les dents et réussi l'impensable: virer le Colonel de tout business Elvis. Elle met fin à tous les contrats en cours, prend le contrôle de l'estate et crée ce qui va devenir une aventure absolument unique en son genre: Elvis Presley Entreprise (EPE). Cilla, comme Elvis la surnommait, a toujours été assez près du porte-monnaie, les pieds sur terre, l'exact opposé d'Elvis à ce niveau, qui lui ne regardait à aucune dépense, ne comprenait rien aux investissements fructueux ou même se désintéressait totalement des aspects contractuels de sa carrière. La prodigalité de son ex-mari était une cause de dispute fréquente entre eux. Mais il faut laisser à Priscilla Presley son mérite: elle a compris que le public était gigantesque, international et en demande. S'il accepte de dépenser pour les horreurs du Colonel, il sera heureux de le faire pour les surprises qu'elle lui réserve, autrement plus ciblées. Et comme le mythe d'Elvis non content de ne pas s'évaporer, croît année après année...

    PART IV: 1935 - never1982: l'EPE ouvre officiellement Graceland au public. Pour un billet d'entrée, le fan peut découvrir le rez et le sous-sol de la maison, plus les annexes et les tombes. Elvis étant un véritable Gargantua de la consommation, il y a de quoi montrer: entre les costumes de scène, de ville, les bijoux princiers, les bagnoles (plus de vingt rien qu'à Graceland, sans compter les autres moyens de transports: motos, dragsters, bus, voitures de golf customisées...), les avions (2 quand même!), les trophées (plus de 240 disques d'or ou de platine), les écuries, le bâtiment de racquetball... Graceland a archivé plus de 300.000 pièces. Dont une infime partie est exposée à chaque fois.

     

     

    Le démarrage est laborieux. D'abord déficitaire, EPE se hisse rapidement au sommet, le tout grâce à une stratégie marketing rondement menée. Le manque existe, l'existence culturelle de Presley est là, Graceland va se charger de nourrir le tout. PART IV: 1935 - neverSi on peut déplorer un aspect mercantile et outrancier parfois très éloigné de Presley, de son identité, voir même de sa vie, il faut également reconnaître qu'EPE a visé juste et à su consacrer Elvis comme le phénomène qu'il fut et reste. Graceland passe monument national historique en 2006 et est devenue lieu incontournable de culte et de tourisme à la fois. Une moyenne de 700.000 visiteurs par an, la résidence privée la plus visitée au USA après la Maison Blanche, des projets d'expansion à la pelle, un véritable Elvisland bâti sur la force et le charisme du souvenir d'un homme qui aura vampirisé l'Amérique, ses pudibonderies, ses espoirs, ses traumatismes et ses deuils comme personne d'autre avant ou après lui.

     

    EPE pense à tout et enchaîne début XXIème siècle sur des expositions implantées à l'étranger, afin d'offrir à ceux qui ne peuvent se rendre à Graceland une idée de la chose. Londres, Las vegas, d'autres suivront encore, en résidence de quelques mois, les reliques de la vie d'Elvis Presley sont luxueusement présentées et mises en scène. Costumes, voitures, manuscrits, vêtements de scène ou de ville, archives personnelles...

    PART IV: 1935 - never

                                                                                                         Candlelight ceremony: de 5 à 35.000 gardiens de la mémoire se retrouvent chaque 16 août sur la tombe de Presley

    Graceland c'est bien, mais c'est avant tout un lieu de pélerinage et de découverte d'un homme. Curieusement, la musique est peu présente. Que chacun se rassure, Sony Music, qui a repris la licence Presley en avalant RCA et BMG, n'a pas chômé ni manqué d'idées. Première salve: la sortie du catalogue en cd. On reprend tout et on recommence! Le nom du projet? "Elvis in the nineties", avec un joli logo fait exprès pour l'occasion. Entre 1990 et 2000, chacun commence à se rendre compte que l'héritage musical de Presley a été malmené au-delà du possible: compilations indigestes, albums sans cohérence, sa tête sur la pochette, ça se vend, une fois encore, tout est bon. Un directeur artistique suédois, Ernst Jorgensen, entièrement dévoué au catalogue Presley, va se charger de remettre tout ça sur les rails (on continue à multiplier les ventes évidemment...). Du coup, des coffrets ultra léchés, rendant -enfin- justice à la musique d'Elvis, du début à la fin, sortent, des albums thématiques reprenant quelques inédits ou des prises encore non utilisées, des coffrets DVD plongent dans l'oeuvre . Les concerts se retrouvent enfin mixés correctement, avec des design sonores XXIème siècle à la hauteur des performances scéniques cinq étoiles du king, le matériel studio se voit offrir des sortie chronologiques détaillées, avec notes de sessions, travail de production de Presley...

    Et pour bien verrouiller l'ensemble du marché, privilège absolument unique dans le monde du disque: Elvis devient le premierPART IV: 1935 - never -et le seul jusqu'à présent- artiste à se voir attribuer un label eclusivement dédié à son oeuvre en 2002: "Follow that dream", créé par Sony en forme de division, qui ne se consacre qu'à ça: sortir, sous la meilleure forme possible, tout Elvis. Concerts, studios, bandes de films. Uniquement du matériel original, souvent remixé avec les technologies actuelles, dans le seul but de mettre en avant la qualité du travail Presley. Tout ce qui est rare, gardé dans les coffres, sort en suivant un planning bien défini (de 3 à 4 sorties par an). Graceland s'occupe du type, Sony de sa musique. Et ça marche.

    A son décès, ses ventes sont estimées entre 400 et 600.000.000. On sait que plus de cent millions d'exemplaires supplémentaires seront vendus entre août 77 et août 78, ce qui en soi est déjà un chiffre renversant mais à mettre sur le compte d'une émotion globale: tout le monde a acheté un disque d'Elvis à sa mort pour le souvenir, cela ne veut pas dire que les suivants, dix ans plus tard, se vendront. Quoi qu'il en soit, RCA, dans la logique du Colonel, est plus attentive à regarder les comptes qu'à réclamer les récompenses dues. 

    De plus l'époque comptabilise peu et il faut tout reprendre à zéro, c'est un travail titanesque. La très sérieuse RIAA, qui récompense les ventes officielles et documentées aux USA, indique à BMG qu'elle ne récompensera donc très logiquement que ce qui peut être prouvé.

    PART IV: 1935 - neverDix années de travail vont offrir la récompense définitive: après dépôt et analyse des décomptes à la RIAA, cette dernière effectue les corrections (110 disques d'or ou de platine livrés en un coup à Graceland!) et attribue le titre tant convoité: un imposant mur de cristal, sur lequel le visage et le prénom de Presley sont gravés, certifiant très officiellement des ventes supérieures au milliard d'exemplaires vendus. Plus que n'importe quel artiste solo depuis l'invention du phonogramme. Un chiffre qui, au-delà du record ou de l'anecdote, souligne surtout le rôle social de Presley, sa dimension de détonateur d'une culture qui perdure. Ce n'est pas un hasard si les deux plus gros vendeurs de disques sont respectivement Elvis et The Beatles, s'agissant d'impact socio-culturel, c'est un retour aux fondamentaux.

    Cinéma, peinture, musique évidemment, publicités, tourisme, mode, pas un domaine d'expression qui ne soit impacté par l'existence de Presley.

    Il y a fort à parier que s'il pouvait voir aujourd'hui ce qu'il est devenu, avec une carrière plus longue mort que vivant, tout aussi phénoménale en termes de succès commerciaux mais également -et enfin- en termes artistiques, il ne pourrait ni le croire ni le comprendre. Sa portée sociologique lui a toujours quelque peu échappé. Ce n'est pas devant les milliers de bouquins parus dans le monde depuis sa mort ou les quinze millions de visiteurs passés par Graceland depuis 1982 qu'il pourrait observer sa situation d'un oeil plus juste.

    Tout artiste n'existe qu'en fonction de son rapport au public et reçoit ce qu'il donne ou a donné.

    Pour avoir payé de sa personne et n'avoir jamais négligé une seule demande d'autographe tout au long de sa carrière, pour n'avoir jamais été dupé par l'argent ou la gloire en déclarant : "Quel intérêt de tout avoir si c'est pour ne rien partager?", traduisant dans les faits une prodigalité aussi extraordinaire que son succès,  pour avoir privilégié la simplicité de sa ville de Memphis à Los Angeles la parvenue, pour avoir conservé les amis d'avant le succès, pour n'avoir pas regardé l'autre de haut malgré un ego envahissant à gérer, pour avoir privilégié des salles couvertes pour s'assurer que tout le monde puisse le voir et l'entendre dans de bonnes conditions, pour avoir toujours reconnu qu'il devait tout ce qu'il était et possédait au public uniquement (exactement comme Marilyn qui, ce n'est pas un hasard, a elle aussi basculé dans un quotidien intemporel et côtoie Elvis dans le classement Forbes évoqué plus haut alors qu'elle déclarait moins d'un mois avant de disparaître: "If I'm a star, then people made me a star. Not the studio, not the publicity, but the people"), pour avoir enfin lâché :" Je ne serai jamais assez riche pour oublier ce que c'est que d'être pauvre", Elvis a su, malgré la monsruosité de sa gloire, conserver son humanité.

    La vie éternelle n'est qu'illusion ou vanité et il est plus que probable qu'un jour lointain, Elvis sera oublié, comme tout le reste.

    Mais dans cette amnésie inévitable et collective, il sera probablement dans les derniers de la liste.

     

      

     

      

      

     

     

     

     


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