• Mylène Farmer: cas clinique

    Avant-propos

    Impossible de consacrer des chroniques à des artistes internationaux ou francophones sans tomber sur le cas clinique qui divise autant qu'il rassemble: Mylène Farmer.

    Mylène Farmer: cas clinique

     

    C'est peu dire qu'elle casse la baraque autant que la tête de certains ou même une autre partie anatomique masculine chez d'autres.

    Pascal Sevran avait eu la grâce de la présenter en 1984 en prédisant avec une judicieuse intuition: « Encore une chanteuse qui fait un 45t et dont on n'entendra plus jamais parler ».

    Moralité: se taire quand on est pas certain, on ne sait jamais.

    Mylène Farmer entame en 2013 sa 30ème année de carrière.

    Et 30 ans plus tard, il ne reste que des questions.

    Elevée au rang de monument en francophonie (France, Belgique, Suisse, Québec), superstar en Russie, désarçonnant les critiques les plus fielleux depuis des décennies, muette (comme une tombe, ce qui lui va plutôt bien) dès qu'il s'agit de ne plus être en scène, en clip ou en chansons, invisible dans la presse people. Adulée autant que décriée. On crie au génie ou à l'anaque.

    On peut porter à son crédit qu'elle est la seule artiste faisant partie des poids lourds commerciaux qui n'a jamais, Sainte Horreur, vendu ne fût-ce qu'une bribe de vie privée pour faire parler d'elle. Si Mylène Farmer est ce qu'elle est, pour le meilleur comme pour le pire, c'est uniquement – et très strictement- grâce à son travail.

     

    Mylène Farmer: cas cliniqueLa causalité du refus

     

    Caractéristique du personnage: refuser.

    Mylène Farmer l'a chanté, elle dit non, elle dit non, elle dit non.

    On ne sait pas trop pourquoi, mais remontée comme une poupée mécanique, Mylène Farmer est devenue experte dans l'art du refus.

    Non à la médaille des Arts et des Lettres.

    Non à son introduction dans le Larousse.

    Non à la Starac, participation ou marrainage, rien à secouer (votre serviteur avouera que ce trait la lui rend éminemment sympathique, comme les autres -très- rares artistes français entrés en résistance face à l'endémique Endemol).

    Non aux Enfoirés (toute "famille" a son mouton noir, Farmer a signé pour le rôle vis-à-vis du show-business français après n'avoir participé aux Enfoirés qu'en 1988. Ce qui par ailleurs ne l'empêche pas d'abandonner ses droits d'auteur aux restaurants du coeur lorsque ces derniers utilisent un de ses titres... ce qui n'est pas le cas de tous les artistes participant à la grand-messe de la générosité, on en pensera ce que l'on voudra).

    Non à Laurence Ferrari (mais oui à Claire Chazal et Laurent Delahousse).

    Non aux victoires de la musique (elle a carrément demandé -et obtenu!- à être inélligible).

    Non au direct en télé.

    Non à la création d'un fan-club.

    Non encore au playback en concert, n'allant pas au-delà de voix de soutien dans les refrains des titres rapides.

    C'est pas fini, on continue:

    Non à l'enregistrement de ses propos en interview. Le journaliste n'a qu'à manier le stylo.

    Non aux questions relevant de sa vie privée, d'éventuelles démarches philantropiques, ou de sa vie en dehors de la scène en général.

    Non au tutoiement en coulisses. Mylène vouvoie.

    Non aux tournées avec économie en province: on transporte tout ou on ne tourne pas.

    Non à la télé.

    Non à la presse.

    Non aux cocktails et autres aftershows.

     

    Elle est d'accord pour se mettre les orteils en sang à force de répéter son spectacle.

    D'accord pour s'envoyer des pâtes pendant trois mois afin de financer de sa poche un clip extravagant à ses débuts.

    D'accord pour élaborer un spectacle qui englouti 20,000,000 d'euros en frais de production (on imagine la nuit de son manager Thierry Suc la veille de l'ouverture des locations...)

    D'accord pour demander -et obtenir, encore!- la direction d'Abel Ferrara, Michael Haussman, Luc Besson, Chris Sweeney, Roy Raz, Ching Siu Tung, Agusti Villaronga, Marcus Niespel, Benoît Lestang, Hugo Ramirez, Bruno Aveillan voir de se faire mangaïser par Naoko Kusumi pour offrir le visuel qu'elle souhaite.

    D'accord pour laisser les fans filmer ses concerts et diffuser le tout sur la toile.

    Mais elle crucifie par voie judiciaire un technicien qui vole des captures videos non traitées de son prochain clip et le diffuse au même endroit. Allez comprendre...

    D'accord encore pour signer des autographes à tours de bras ou pour embarquer une fan dans sa limousine en 1989 (Farmer est nettement moins farouche avec ses fans qu'avec les « professionnels de la profession » dont elle se méfie comme de la peste).

    Enfin, tout en laissant les fans publier tout ce qu'ils prennent à son sujet sans lever le petit doigt elle a fait retirer pratiquement tous ses portraits des agences de presse: pour utiliser une photo, le journal doit passer à la caisse (raison pour laquelle ses biographes n'utilisent pas toujours une photo en couverture pour vendre leur bouquin: elle dit en général non – ça change). Elle ira jusqu'au rachat total des droits de diffusion auprès des ayants-droits, c'est dire si le sujet lui tient à coeur.

    Tous les témoignages de fans l'ayant rencontrée la décrivent comme charmante, disponible, tactile (Mylène aime étreindre ses admirateurs!), réservée et accessible. Pas diva pour un euro la rousse. Mylène Farmer: cas clinique

    Et tous les témoignages -ou presque- de journalistes ou de professionnels du milieu la décrivent comme muette, distante, limite hautaine. Une emmerdeuse, quoi.

     

    On pourrait continuer longtemps dans le portrait et les anecdotes de son intransigeance professionnelle alliée à sa surprenante spontanéité avec le public.

     

      

    Avec les fans: "j'aime ce moment présent et j'aime ceux qui m'aiment"

    In fine, ça fait beaucoup de refus. Un attaché de presse lambda sur Paris vous dirait qu'au-delà du refus, cela peut s'apparenter à un suicide médiatique. Résultat? 300,000 billets vendus un an à l'avance en une journée d'octobre 2012, ou encore deux stades de France complets en 2 heures de temps en mars 2008. Des chiffres vertigineux du genre, la rousse la plus célèbre qui soit en collectionne beaucoup. Un phénomène indubitable.

    Stratégie ou comportement qui aura fini par payer au-delà de toute espérance, Farmer signe de façon unique un star system qui cherche en général avant tout à faire parler de lui. Les voies contraires ne lui étant pas inconnues, l'incendiaire rouquine, pour paraphraser Cocteau, vit comme tout le monde -sa vie privée lui appartient- en ne faisant rien comme personne.

    Il y a des lustres qu'elle se fait insulter par la presse de tous bords, elle s'en fout.

    Paradoxalement, cette même presse, sous la haine recuite, lui témoigne un certain respect. Principalemen parce que quelles que soient les circonstances de sa carrière (gros succès ou bide) elle n'a pas changé de ligne de conduite d'un iota. Elle joue sans eux mais ne cherche pas à les utiliser. Le quatrième pouvoir a amplement démontré que si l'on voulait manipuler leur puissance, le retour de bâton était violent: Michael Jackson en est un exemple criant. Avec Mylène, c'est non tout court. Quelle surprise.

    Jean-Louis Murat, autre joyeux drille avec qui elle enregistre un duo heureux en 1991 et dont elle finance la production ensuite, dit d'elle encore aujourd'hui qu'elle a tout compris au système, le viole consciemment et ne veut entendre parler de rien d'autre que du public et de sa relation exclusive avec lui. Point final. Le reste? Devinez: ce sera non.

    On lui reproche de presser ses fans comme des citrons? Elle refuse même un site officiel. En revanche, elle ouvre un site communautaire (http://www.lonelylisa.com) et gratuit dédié... à l'ennui! Tous ceux qui s'épuisent à trimballer leur existence terrestre sont invités à partager leurs idées, créations, pensées pour s'emmerder un peu moin dans cette vie. Tout va bien, vivement la mort, qu'on se couche.

    Comment, avec une voix qui n'est pas faite pour le chant, une timidité maladive -et malgré les doutes, bien réelle-, comment, alors qu'elle débute en bougeant sans grâce, qu'elle s'exprime en interviews en faisant passer Françoise Hardy pour une oratrice éloquente, Mylène née Gautier en est-elle arrivée là?

    Aujourd'hui, Mylène Farmer, toujours aussi absente du « Match de la vie parisienne »,

    Mylène Farmer: cas cliniqueMylène Farmer: cas clinique

    fréquente ou a fréquenté De Niro, Rushdie, Danielle Thompson, Claude Berri, Amélie Nothomb, Nathalie Rheims (sa meilleure amie, les soirées doivent être rigolotes), échange des textos avec Daho ou Sardou et communique avec sa maison de disques par fax. Elle aime Garbo depuis sa jeunesse, elle n'est pas loin d'en avoir développé tous les comportements.

                                                                                                                                                          Avec Amélie Nothomb: ambiance et cotillons

     Avec Danielle Thompson: le premier qui rira...                                                                                                    

    Mylène Farmer: cas clinique Mylène Farmer: cas clinique Mylène Farmer: cas clinique

    Avec Claude Berri à la Fiac                                                 Aux funérailles de ce dernier, en compagnie de Benoît.       Avec Nathalie Rheims: petite sortie entre amis au concert

                                                                                                Heureusement, il y a les cheveux.                                         de Muse

     

    Elle passe le plus clair de son temps aux Etats-Unis ou en Corse, anonyme.

    Quand elle bosse, elle vit à la villa Montmorency à Paris dans le XVIème. L'adresse la plus exclusive du territoire français: la rue est fermée, on ne rentre que si le garde vous connaît. Ses voisins sont des industriels ou des artistes blindés, Sylvie Vartan qui sort son chien ou madame Bolloré qui promènent les gosses. Mylène n'est pas maman et son singe est décédé, alors le voisinage ne la voit pratiquement... jamais.

    Pour comprendre le phénomène Farmer, il faut donc se retrousser les manches et plonger loin dans le temps. Accrochez-vous.

     

    La neige et les écureuils

    Mylène Farmer: cas cliniqueD'abord, il y a une personnalité de garçon manqué dès la petite enfance. Elle grandit au Québec dans un cocon de niveau correct (Maman est mère au foyer, Papa est ingénieur) et joue avec ses frères à des jeux de garçons exclusivement. Mylène aime grimper dans les arbres, jouer à la guerre, observer les écureuils, se promener dans la nature. Etre une fillette, Mylène, ça l'emmerde. Elle découvre l'ennui et elle n'a pas fini d'en admirer les resources infinies. Cette période, dont elle dit n'avoir pratiquement aucun souvenir, a pu être plus ou moins reconstituée grâce aux témoignages de ses anciens camarades de classe, de ses professeurs, bref, de tous ceux qui l'ont connue et qui ont de la mémoire pour elle. Trop aimable.

     

     

     

      

    Mylène bébé: rien qui ne soit déjà vu...

    Il apparaît que pour sauvageonne qu'elle soit, Mylène est une petite fille rieuse et plutôt

    sympathique. Sa propension aux exploits et ses cheveux courts jettent cependant un premier trouble sur son identité: on la prend souvent pour un gamin, la gamine. La concierge d'un immeuble lui demande un jour comment elle s'appelle et lui répond que « Mylène, c'est joli pour un petit garçon ». Loin de lui déplaire, la remarque lui donne l'idée de se fourrer un mouchoir dans le pantalon, histoire de voir comment elle se sent dans la peau de Mylène, le petit mec du quartier. L'expérience lui laisse un souvenir plutôt agréable puisqu'elle réitère la chose à plusieurs reprises. Enfance normale, on vous dit.

     

    Paris je t'haimeMylène Farmer: cas clinique

    Papa est ingénieur civil et sa mission au Québec achevée, c'est le retour en France en périphérie parisienne. On fait les valises et adieu la neige, les espaces, la nature et la vie de petite Heidi québecoise, bonjour Paris et son climat accueillant et sain. Le traumatisme est violent pour Mylène qui, déjà pas très bavarde, en devient carrément dysphasique.

     

     

    Promenades avec Grand-Mère                                        Dis mémé, on va se promener?

    Chez les Gautier, on ne s'en fait pas pour si peu, elle finira bien par s'y faire et la vie continue. Mylène jeune adolescente se réfugie dans l'équitation qu'elle pratique avec passion et est au confiée aux bons soins de sa grand-mère qui l'emmène se promener... dans des cimetières. Mylène adore ces moments avec mère-grand et découvre une certaine vision du funèbre qu'elle apprécie, mémé aussi, la famille, il n'y a que ça de vrai. Normale, on vous dit.

     

    Caté-schisme

    Mylène Farmer: cas cliniqueLe lycée, elle l'a en horreur.

    Elle s'occupe en faisant des visites hebdomadaire à l'hôpital de Garches, service des handicapés moteurs et maladies rares. Elle y va, parle peu mais s'occupe des petits infirmes avec gentillesse. Les infirmières se souviennent d'elle et témoignent d'une jeune fille plutôt mutique mais communiquant avec aisance avec les handicapés.

    Elle suit également des cours de catéchisme avec un curé plutôt jeune et sympa. Elle adore l'univers sacré et s'y plonge avec plaisir, surtout pour les beaux yeux de l'instructeur sur lequel -de son propre aveu- elle fantasme. A 14 ans, elle lui pose une question qui reviendra des décennies plus tard dans un scénario:

     

      

    Notre Père qui êtes aux cieux...

    -Mon père... et si c'était la douleur qui faisait chanter les oiseaux?

    On imagine le curé plongeant dans ses cours pour trouver une réponse.

     

    Tête brûlée

    Elle plaque tout à l'orée du bac, s'engueule avec maman et papa -qui décrète la guerre froide à sa fille ce qui, au vu de leur relation fusionnelle depuis l'enfance, la blesse profondément- et part vivre sa vie.

    Elle est quelconque, plutôt invisible bien que bien faite, et ne montre aucun talent particulier (certaines mauvaises langues diront que cela n'a pas changé). Simplement, elle veut devenir quelqu'un et s'exprimer. La littérature, les chevaux et les singes exceptés, il n'y a que l'artistique qui lui parle. Et encore, sans vraiment savoir quoi y faire. Elle adore le cinéma, plutôt pointu ou sombre, alors va pour comédienne.

    Entre deux publicités alimentaires Mylène Farmer: cas cliniquequi lui permettent de payer le loyer et faire de modestes courses au Monoprix du coin, elle s'inscrit au cours Florent. Les choses sérieuses commencent. Elle fait partie de la même promotion qu'une certaine Anne Roumanoff et un certain Thierry Mugler. Elle suit les cours de Daniel Mesguisch. Ce sont les témoignages de ces derniers qui permettront de se faire une idée du travail de Mylène encore inconnue au cours Florent. Le plus souvent assise sur un banc au fond de l'atelier, elle observe beaucoup. « Et elle parlait de quoi? » demande le journaliste avide à Anne Roumanoff vingt ans plus tard. La réponse est éclairante: « Honnêtement, je me souviens d'elle parce qu'elle était studieuse et très en retrait. Elle ne disait pratiquement pas un mot, j'étais persuadée qu'elle n'arriverait à rien, trop timide ». Gentille, timide, ne brillant pas plus que les autres, pas moins non plus. Une élève comme il y en a des milliers dans les cours d'art dramatique, le mutisme en moins. En guise de drame, Mylène fait ses premiers pas sur une scène au cours d'un exercice préparé: elle joue le rôle de Zézette dans Le Père Noël est une ordure! Il semble qu'elle s'en soit bien tirée. En revanche les exercices suivants se poursuivent dans les contorsions et les cris et Mylène déteste les deux. Elle plaque le cours Florent aussi.

                                                                                                                                                                                                                   

      

                                                                                                                                                                                                                                    Castings et pub: le slogan ne parle que des meubles évidemment.

    Une manie. Mylène semble condamnée à l'invisiblité et n'est pas douée pour se faire remarquer. Ca changera bien après.

    Ses occupations en attendant? Castings, mannequinat, publicités. Faut bien payer le loyer et Mylène, orgeuilleuse, ne veut pas de l'argent de maman. Ses hobbies? Equitation le plus souvent. Parc zoologique où elle peut rester plusieurs heures avec les singes. Normale, on vous l'a déjà dit.

    Un beau jour, alors qu'elle court toujours d'un casting à l'autre, un ami, Jérôme Dahan, lui parle d'un compositeur avec qui il a écrit une chanson et qui cherche une interprète, persuadé de tenir un tube. La chanson en question a déjà été enregistrée mais par une mineure, impossible de la sortir à ce stade.  Mylène prend tout ce qui passe, elle se présente, bonjour, oui, non, je crois, photo polaroïd pour la candidature, au-revoir.

    L'oeil d'aigle qui l'a scannée au laser pendant l'entretien est celui de Laurent Boutonnat, le compositeur de la chanson en question.

     

    Laurent Boutonnat: on a tous un jumeau quelque part

    Impossible de ne pas faire un arrêt sur image à propos de Laurent Boutonnat à ce stade.

    Qui est ce jeune homme à la tignasse en pétard et aux yeux bleux acier?

    Un fou de cinéma. Dès sa petite enfance, il tourne avec la caméra familiale. N'importe quoi (les mêmes mauvaises langues que précédemment diront que cela aussi, ça n'a pas changé), des plans contemplatifs, des petites histoires. Il demande à chaque anniversaire du matériel supplémentaire et le reçoit. Chez les Boutonnat, famille aisée, on ne contrarie pas les goûts particuliers du rejeton qui fait l'artiste. Tant et si bien qu'à 17 ans, Laurent Boutonnat achève son premier court-métrage, « La ballade de la fée conductrice », une histoire assez particulière d'une jeune fille qui tue tout ce qu'elle trouve sur son passage. Pour la sortie en salle, c'est râpé: interdit au moins de dix-huit ans. Lui-même étant mineur, l'ironie en est d'autant plus savoureuse. Ne doutant de rien, Laurent s'en-va-t-à-Cannes montrer son oeuvre ultraviolente pendant le festival et en ressort remarqué mais avec un haussement de sourcil de la part des critiques: ils sont plusieurs, lors de la projection, à avoir été choqué par la noirceur et la violence du petit film.

    Laurent en est toujours à bidouiller sons et images quand Mylène se présente à son casting.Mylène Farmer: cas clinique

    Il cherche quelqu'un de particulier. Nombre de candidates se sont présentées, toutes ont affirmé qu'elles défendraient la chanson mieux que personne. Pourtant, Laurent Boutonnat a retenu un polaroïd sur le coin de la table: la brunette bouclée qui lui a fait -selon ses propres dires- une impression d'oiseau psychotique. Elle ne s'est pas vendue une seconde, elle s'est présentée et est restée plutôt silencieuse bien que souriante, ce fut bref. Il la choisit.

    Mylène revient, heureuse de ce coup du sort. L'enregistrement de la chanson commence.Mylène Farmer: cas clinique

    Résumons: une jeune fille à tendance muette, en conflit parental, cherchant à exister, rencontre un jeune homme rêvant d'images, de violence et cherchant à exister lui aussi. Car en résumé, la naissance du tandem Farmer-Boutonnat, c'est cela avant tout: univers complémentaires, volonté commune.

                                                                                                                                                                                                                                                                       Mylène et Laurent: 1986

    Mylène se débrouille plutôt bien en studio à l'étonnement général. Le micro ne lui fait pas peur. Elle a une toute petite voix, aucun cours derrière elle, rien. Mais ça passe bien et Laurent a visé juste: la chanson tient fort bien la route.

     

    Un, maman à tort

    Deux, c'est beau l'amour

    Trois, l'infirmière pleure

    Quatre, je l'aime

    Cinq, il est de mon droit

    Six, de tout toucher

    Sept, je m'arrête pas là

    Huit, j'm'amuse!

     

    Laurent fait la tournée des maisons de disque, refus sur refus, et c'est RCA qui dit finalement oui.

    Mylène Farmer: cas clinique

    Mylène Gautier doit se trouver un pseudonyme: elle décide que ce sera Farmer. En hommage à l'actrice hollywoodienne Frances Farmer, internée en asile psychiatrique et finalement lobotomisée parce qu'elle se déclarait athée et communiste. Charmante référence, ça commence dans la bonne humeur.

     

    Le 45 tours sort, au verso de la pochette, une dédicace: à Frances, à Louis II...

    Pour son premier single, Mylène dédie son travail à deux fous. Tout va bien.

     

    Mylène Farmer: cas clinique

     Et pour faire bonne mesure cède à une de ses plus grande passions: elle s'offre un singe capucin, baptisé ET.

    La vie à la maison Farmer s'articule autour de cette relation homme-animal.

    Comme Leo Ferré avant elle, Mylène vit avec un singe. Ca fait spécial sur le CV néanmoins et c'est peu de le dire.

                                                                                                                                                                                                                                                                

      

      

                                                                                                                                                                                                                                                                  

                                                                                                                                                                                                                                                                                    Mylène et ET, 1985

    Viol du Top 50

    Mylène Farmer: cas cliniqueEn 1984, les ondes françaises passent de la variété qui bouffe à tous les râteliers, surtout si ça ratisse large. Les bêtises de Sabine Paturel en sont réellement, et le reste est à l'avenant. De l'indigent sur des mélodies tantôt excellentes tantôt nulles, mais ça passe. Tout passe en fait. Jeanne Mas chante plus ou moins n'importe quoi, mais l'outrance du personnage et les mélodies géniales de Musumara séduisent momentanément. Pratiquement rien ne s'inscrit dans la durée ou même dans l'ambition de durer, car les mentalités, tant celles des artistes que des maisons de disques qui sortent des 45 tours comme s'il en pleuvait, sont du cash in now et on verra demain. L'histoire de cette supposée malade ou internée amoureuse de son infirmière sur un air de comptine, qui susurre « j'aime ce qu'on m'interdit » sort du lot, et c'est le moins que l'on puisse dire. Classé dans ce qui n'est pas encore le top 50, on ne se souvient pas d'un ovni aussi licencieux balancé dans des oreilles innocentes. Car dans les cours de récrés, ce sont les gosses qui chantent ce truc qui interpelle leurs parents. Marcia Baïla ou Andy des Rita Mitsouko sortiront l'année suivante, Etienne de Guesh Patti, ouvertement porno, en 1988 seulement. Faire rentrer (si l'on ose dire!) le saphisme, la psychiatrie et la subversion dans le paysage audiovisuel français en 1984 est une belle avancée et un coup de génie. Car un certain public est en attente de fond, de forme, il y a une immense part de marché qui cherche une variété qui lui ressemble. Sans la trouver jusque là. Le duo va se faire un plaisir de la lui fournir, et ils vont y mettre le paquet.

    Un clip à la française à cette époque, c'est trois projecteurs couleurs clignotants ou une video avec quelques stock-shots extérieurs et laborieuses incrustations.

    Or Laurent est un homme d'image et Mylène suivait des cours d'art dramatique. Les deux compères se retrouvent donc à nouveau sur l'exacte même longueur d'onde quand il s'agit de cliper Maman a tort. Et leurs visions sont à l'opposé de la tendance du moment. L'idéal artistique est indubitablement présent dans leur démarche, mais il y a surtout la rencontre de névroses qui vont se compléter de façon parfaite. L'inscription dans la durée va se jouer sur plusieurs autres paramètres: une grande exigence de travail (dès son deuxième clip, Laurent va tourner en 35 mm, format cinématographique), de vrais ressorts créatifs mus par l'éclosion d'un univers commun bien réel, un refus du compromis qui, s'il devient une marque de fabrique bien plus tard, relève de l'inconscience sur le moment même et l'air du temps qui appelle de tous ses voeux une variété ni jetable, ni bâclée.

    Le clip est d'abord séquencé sous forme de story board, mais le budget s'avère explosif. RCA refuse de subvenir aux besoins du réalisateur.

    Il va donc faire avec ce qu'on lui donne et un peu plus, sorti de sa poche.

    Des enfants qui manifestent? Vendu!Mylène Farmer: cas clinique

    La tête de Mylène sur une assiette, prête à être servie à une tablée de gosses antropophages? Vendu!

    Le portrait de Sigmund Freud en ouverture? Vendu!

    Le tout pour un budget de 1000 euros. Et la maison de disques commence à trouver la créativité du duo quelque peu inquiétante: on demande à Mylène de ne pas chanter sa jolie berceuse dans l'émission « Salut les Mickeys » (on les comprend) et la fin est amputée lors de son passage dans l'émission Clip-clap sur Fr3.                                                                                                                                           Le menu version Farmer/Boutonnat

    « Maman a tort » fait une carrière sympathique, plus de 100,000 exemplaires. C'est bien sans être exceptionnel dans ces années-là. RCA accepte de sortir un second 45 tours, « On est tous des imbéciles ». Succès plus que mitigé. Plus de clip. Laurent et Mylène vont frapper à d'autres portes et c'est non merci.

    RCA remercie le duo. La prospection du jeune tandem se poursuit et miracle, ils sont accueillis à bras ouverts par Polydor qui a été impressionné par le clip de Maman a tort. Ils pensent tenir avec eux quelque chose de différent. Il y a des directeurs artistiques qui ont un flair de chien de chasse.

     

    Arrive un troisième larron dans ce joyeux tandem, Mylène Farmer: cas cliniquequi va donner trois clés essentielles: Bertrand Lepage, jeune homme complètement déjanté, amateur de tous les excès -ce qui le perdra par ailleurs-, noceur invétéré et surtout redoutable emmerdeur cyclothimique, devient manager de Mylène. Primo, il lui suggère de devenir rousse et c'est la révélation. Secundo, il fait découvrir la littérature française à Mylène pour laquelle elle développe une avidité surprenante, avec un gros faible pour la période romantique. Les sentiments exaltés

                                                                                                                                                                                                                                                                             Laurent, Mylène, Bertrand. Hilares.

    à l'excès parlent à cette jeune fille brune et bouclée qui vit intensément sur un mode plutôt retiré. L'expression de ce qui est ténu dans le fracas et le tonnerre, elle aime, c'est retenu. Enfin, il prend en main la destinée commerciale du duo. La qualité du travail est évidente, il suffit dès lors de la positionner sur un marché qui ne sait pas encore quoi en faire.

      

    Polydor produit sans sourciller et fait confiance. Budget plus conséquent cette fois.

     

    « Plus grandir » sort en 1985 et c'est le dernier single en demi-teinte de Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Classement honorable sans plus. C'est essentiellement au niveau critique que le travail fonctionne. La presse spécialisée commence à remarquer ces deux olibrius qui produisent une variété pop en total décalage, avec un texte pour la première fois signé Mylène Farmer qui parle de perte de virginité, de pénétration, de draps souillés, de viol, et allusivement d'inceste. A nouveau les gosses dans les cours de récré:

     

    Petit rien, petit bout

    De rien du tout

    M'a mise tout sens-dessus dessous

    A pris ses jambes à son cou

    Petit rien, petit bout

    La vie s'en fout

    Dans mes draps de papiers tout délavés

    Mes baisers sont souillés

     

    Plus grandir

    J'veux plus grandir

    Plus grandir pour pas mourir

    Peur de souffrir

     

    Exit Chantal Goya et les petits lapins.

    Le clip est en 35mm, il dure près de 7 minutes, et quelles minutes! On a droit à une ballade dans un cimetière par une Mylène brune, cadavérique, qui pousse un landau, s'arrête devant une pierre tombale et y lit:

    Mylène Farmer: cas clinique

    S'ensuivent une scène avec des bonnes soeurs naines et sadiques, un viol nocturne avec images explicites, démembrement d'une poupée, concrétisation d'un vieux fantasmes boutonnien au passage: Mylène en camisole, vieillissement accéléré et plan de clôture sur Farmer dévisageant sa propre tombe, y jetant un petit bouquet avec dédain et poursuivant son aimable randonnée avec un landau vide, promenant son enfance dans le cimetière. On note une vraie présence remarquablement filmée et suggérée, des gestes précis et accrocheurs, et avant tout un regard troublé et troublant.Mylène Farmer: cas clinique

    C'est un coup de maître doublé d'un film, un vrai petit film. Michael Jackson fut le premier à scénariser ses clips en leur offrant des budgets de courts métrages de l'autre côté de l'Atlantique. En Europe, Boutonnat et Farmer sont le seul et premier équivalent. Si leur chemin s'était arrêtée là, pratiquement tout était dit en terme de changement des codes en variété française: fini le recyclage, il va falloir créer, dépenser, produire, et offrir matière à se mettre sous la dent au public et aux critiques. Lesquelles ont cette fois remarqué le tandem pour de bon -mais comment faire autrement avec un vecteur promotionnel aussi radicalement différent du reste?

    Un album est commandé par Polydor, le premier. Il sort en 1986 et a pour titre « cendres de lune ». Un ovni à nouveau, joliment baptisé par un critique de « surprenant condensé pop-rock cuir et dentelles ». Les thèmes? Tout ce qui travaille Monsieur et Madame depuis leur enfance: romantisme échevelé, noirceur, suicide, défloraison -de préférence violente-, mort partout, tout le temps, et un très bel hommage à Greta Garbo.

    Comment ouvrir les portes de cet univers sans passer à côté du public? Comment être bien compris directement? Toute en finesse et discrétion, première plage, appuyez sur play et c'est parti dans la délicatesse:

                                                Cendre de lune, petite bulle d'écumeMylène Farmer: cas clinique

    Poussée par le vent je brûle et je m'enrhume

    Entre mes dunes reposent mes infortunes

    C'est nue que j'apprends la vertu

     

    Je, je suis libertine

    Je suis une catin!

     

    Le mode d'emploi est déjà parfaitement intégré par le duo à présent: clip gigantesque réalisé avec un budget encore moyen, l'argent, il n'y en pas encore beaucoup: 76,000 euros, une première au cinéma Mercury, éclairages soigneusement étudiés, inspiration directe du Barry Lindon de Kubrick, nudité frontale, scénario, sang, promotion efficace, roux incendiaire qui donne naissance à un visage, une griffe, un style. Le générique offre à voir un titre surprenant:

    (premier temps) : Mylène Farmer

    (deuxième temps): est

    (troisième temps): Libertine

    Présenté comme ça, c'est tout de suite plus clair pour tout le monde.

    Médaille d'honneur: suite au clip et au texte licencieux: la chère petite est excommuniée. Ce qui a certainement dû offrir au tandem une occasion supplémentaire de faire la fête.

    Mylène Farmer et Laurent son à présent ensemble à la ville comme à la scène mais la donzelle rechigne à parler popote avec les journalistes. Elle est relativement diserte concernant son travail mais c'est tout. Pas avare de promo cependant: elle est de tous les plateaux télés ou radio. Elle le dit elle-même: « Au début, on a tendance à s'exagérer ».

      

    Ce premier vrai et grand succès s'accompagne d'un échec redoutable: papa Gautier, dont les relations avec sa fille restent marquées par son départ du toit familial pour on-ne-sait-quoi, meurt au moment où Libertine sort. Il n'aura pas vu le succès de sa fille, il ne saura rien de la vraie carrière qu'elle veut bâtir. Mylène le veille jusqu'à son dernier soupir à l'hôpital et en tirera d'une part une rage d'exister qui ne disparaîtra plus et parallèlement une très jolie chanson (« Dernier sourire »).

     La gloire en cinq marchesMylène Farmer: cas clinique

    Le couple, qui se démène pour que ça marche, n'en revient pas que ce soit le cas. Ils ont jetté tout ce qu'ils avaient de plus tordus dans leu création géméllaire et le public en redemande. Pointilleux à l'extrême dans le travail -même s'ils apparaissent complètement ivres au JT d'antenne 2 midi- ils n'ont pas à creuser pour avoir quelque chose à dire, les moteurs créatifs tournent à plein régime. Les références de Mylène sont nombreuses, nourries de ses lectures. L'efficacité et la cinématographie de Laurent transpirant dans les musiques s'y allient parfaitement. En réalité, à partir de Libertine, c'est une usine à bijoux pop qui vient de se mettre en route. Les marches de la gloire en 5 étapes plus spontanées qu'on le croit:

    1/ Tristana sort en 1987, Mylène se tape tous les plateaux télés en rêvant du jour où elle pourra s'en passer. Elle fait l'andouille chez Collaro, se tape La Classe, tout est bon. Une campagne de visibilité maximale organisée dans un but bien précis: doubler le système. Se faire connaître et reconnaître, assoir un succès important pour suivre une idée commune qui leur est chère: « pouvoir faire tout ce que l'on veut » après. Pas de fesses dans le clip cette fois, mais de la neige à ne plus savoir quoi en faire et un scénario tiré de Blanche-Neige. Sophie Tellier, aujourd'hui danseuse et chorégraphe, collabore avec Mylène depuis Libertine et lui apprend à bouger. Comme pour le chant, elle montre une capacité d'apprentissage et de transformation surprenante. Finis les mouvements gauches et le grand n'importe quoi: Mylène apprend l'art du geste. Sophie Tellier va jouer dans les clips et témoigne aujourd'hui de ce que ça donnait: un très grand souci de précision, ambiance bon-enfant (par manque de budget, Laurent envoie les secrétaires de production à poil dans une baignoire avec Mylène pour Libertine!) et zéro caprices. Mylène a les pieds sur terre, elle fait ce que Laurent lui demande de faire, Laurent écoute ce que Mylène propose, la confiance entre les deux est totale et dirige tout ce qui se passe sur plateau ou en studio.

    2/ Sans contrefaçon sort fin 1987, il annonce le deuxième album.

      Mylène Farmer: cas clinique

     

    La chanson a été pondue en 40 minutes dans une villa louée dans le sud de la France, Mylène et Laurent ayant relevé le défi lancé par une amie de faire une chanson en un temps record. Mylène Farmer: cas cliniqueTravestissement, confusion des genres, texte soigné et allusivement vulgaire sur fond de présentation glacée et raffinée. La communauté gay, d'une même voix, s'est trouvé une nouvelle copine. Même formule: clip scénarisé (basé sur Pinocchio cette fois!), Mylène malmenée dans tous les sens et avec un plaisir évident par Laurent qui n'en finit plus de l'utiliser comme sujet de projection de tous ses fantasmes.

    La promo commence à se faire plus rare, car le phénomène se met en place. Mylène et Bertrand peuvent commencer à faire le tri et se permettre de n'accepter que des émissions plus prestigieuses. Soulagement pour la demoiselle qui rêve de s'en passer totalement. Pour le clip, on invite l'humoriste suisse Zouc, spécialisée dans la psychiatrie. L'ambiance de tournage, entre personnages grotesques, Zouc à demi-folle et Mylène en pantin désarticulé, fut certainement hilarante.

    3/ Ainsi soit je: le deuxième album est sorti, c'est une bombe, il dépasse le million d'exemplaires. Bertrand Lepage fait tourner la promo à plein régime, et un public énorme répond présent. Elle interpelle, elle séduit souvent mais elle choque aussi. Denisot lui offre la rédaction de « Mon Zénith à moi » sur Canal +, elle y fait apparaître plusieurs artistes dont sa chère Zouc -les échanges entre les deux valent à eux seuls leur pesant de cacahuètes- , répond aux questions avec un chimpanzé dans les bras, filme Denisot en le mettant volontairement mal à l'aise. Comme on lui a donné les coudées franches pour le contenu de l'émission, elle en profite pour faire défiler des images d'exécutions capitales et de démembrement, insoutenables. Denisot s'attend à une dénonciation de la violence, il en est pour ses frais et blêmit visiblement quand elle lui explique qu'elle « trouve un certain plaisir à voir ces images, pas sadique mais presque ».

    4/ Ainsi soit je: on vire casaque et on fait dans la sobriété. Le clip est un catalogue des obsessions boutonniennes: biches, hibou, neige, noyade, nudité, et beaucoup de poésie. Mylène Farmer équilibre le trash de sa communication avec une vraie délicatesse, un texte une fois de plus très soigné et des images mélancoliques et soft. Prête pour l'assaut final.

    Mylène Farmer: cas clinique

    5/ Pourvu qu'elles soient douces: et si on se permettait de péter les plombs ensemble? 20 minutes de clip, des centaines de figurants, décors naturels, 625.000 euros pour un ode à la sodomie envoyé à la première place des classements, avec jusqu'à 35,000 45 tours vendus par semaine en décembre 1988 pour un total de près d'un million. Les gosses de cours de récré enrichissent leur culture libidineuse et le duo empoisonne des milliers de cerveaux innocents avec leurs images léchées de fesses, de seins, de putes ivres, de soldats en rut, de kamasutra perverti, de femmes se battant dans la boue, de fille qu'on prend pour un garçon, un véritable catalogue de subversion. Mylène Farmer: cas cliniqueEn plus c'est bien fait, le son est un char d'assaut, les radios craquent, les télés font de même, et au milieu de tout ce bazar, Mylène parvient à rester élégante. Mylène Farmer: cas cliniqueBeaucoup d'argent investi essentiellement sorti... de leur poche. L'argent rentre, la politique Farmer-Boutonnat se met en place: on joue, on gagne ou on perd. Par sécurité et pour s'assurer un matelas permanent, ils créent deux société immobilières et une société d'édition. Le but? S'affranchir du bon-vouloir ou de l'ingérence de producteurs extérieurs et contrôler tout ce qu'ils veulent. Même la maison de disque va se retrouver simple diffuseur. Si ça marche, tout est pour eux. Sinon? La gamelle leur revient de même. Mais libres. C'est exactement la même géométrie qui prévaut encore aujourd'hui. Côté texte, la miss prouve ses talents d'auteur avec un sens de l'allitération, du champs lexical et de la rime croisée assez rare. Pour sa berceuse gonflée au poppers, elle parvient à inclure les termes: mec, oblique, lubrique, maman, revers, pervers, oreillers, kamasutra, pantalon, fesses, foutre, dos et à conclure le tout sur une rime en "culer", histoire d'aller au fond du sujet.

     

    Pour faire une légende: boue, fesses et subversion

    En promo, Farmer ne joue plus que dans le luxe et assoit une réputation aussi raffinée que provocante. Elle passe tout « Nulle part ailleurs » à faire de l'oeil à Antoine de Caune avant de lâcher carrément que son singe est en pleine maturité sexuelle. Plante son regard en direct dans celui de De Caunes et lâche: « et il a besoin d'un exemple »... le chroniqueur se trouble visiblement et Gildas boit du petit lait: elle est rare en télé, mais bonne cliente.

    Ces cinq étapes cimentent une création pop qui tranche par sa différence. Tout est dit ou presque pour fonder un mythe: travail précurseur (on ne compte plus les domaines où ils ont été les premiers à faire ceci ou à utiliser cela...), talent d'une mise en image unique, vrai talent d'écriture qui interpelle les critiques, puisque ce dernier se met au service d'un triomphe commercial qui commence à agacer. La dualité d'une création artistique ou mercantile n'en finira plus d'être analysée. La personnalité même de la chanteuse interpelle: ses airs de petit marquis poudré cachent une jeune femme dont la volonté est intraitable. Les médias sont respectés mais mis au pas: Farmer fait ce qu'elle veut. Elle reçoit les journalistes dans une suite du George V plongée dans la pénombre, à distance polie. Tous la trouvent charmante et distante à la fois. Ce qu'elle est probablement. Aucun n'en sort indifférent.

    Elle reçoit une Victoire en 1988 des mains de Souchon et remercie uniquement le public en se disant contente mais triste. Avant de lâcher le lendemain en interview: « Ce que j'ai vu dans les coulisses m'a dégoûtée, ce sont les victoires de l'hypocrisie, ces gens se détestent tous ». On ne l'y reprendra plus. Quand elle reçoit en 2004 la victoire de l'interprète féminine des 20 dernières années, Nagui se retrouve avec un télégramme qu'elle lui a fait envoyer, à lire à l'antenne: « Mylène Farmer n'est pas là et nous demande de rappeler que son dernier single s'appelle Fuck them all ». On fait plus délicat.

    Ces cinq étapes infligées comme autant de claques en un temps records, reste l'épreuve de la scène. Pour laquelle pas un professionnel ne parie un kopek sur son filet de voix et son mètre 67. Dans le landerneau médiatique, on ricane en attendant de la voir se casser la gueule puisque, pleine de modestie, l'infernale rouquine a annoncé deux semaines au palais des sports de Paris (5000 places quand même...) et une tournée monumentale qui écumera toutes les villes de France et Bruxelles. En signalant d'emblée que ce sera le même spectacle partout, pas de demi-mesure. Elle le dit elle-même: « La plupart des gens du métier sont persuadé que je vais à la guillotine en montant sur scène. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour leur prouver qu'ils ont tort, mais cela m'amuse d'affûter la lame avec eux ». Sympa l'ambiance entre collègues. A tel point que son entourage proche et quelques artistes qui l'aiment font publier une pleine page dans Libération avec cette simple phrase: « Mylène, ceux qui t'aiment te saluent ».Mylène Farmer: cas clinique

    Mylène et Laurent préparent en secret un concert qui est défini comme le dernier alors qu'il s'agit du premier. Ils vont utiliser chaque ressource de leur univers, les codes de leur création et transposer le tout en direct. Elle arrête de fumer, prend des cours de chant intensifs, se paye un diététicien, un entraîneur sportif, la totale. Lucide sur ses faiblesses, elle les travaille jusqu'à en faire des atouts.

    La première scène de Farmer, le tour 89, va laisser un large public en état de choc et faire ravaler à la presse ses certitudes. La petite voix passe bien la rampe, amplifiée à mort évidemment, mais live quoi qu'il en soit. Des problèmes de justesse ici ou là et un timbre parfois voyageur sont les seuls signes d'une débutante. Pour le reste, tout équivaut à un spectacle donné après 20 ans de carrière. Mylène Farmer: cas cliniqueLes cours de chant lui ont administré une technique qui va la servir pour le reste de sa carrière et la différence est frappante à l'oreille: étant dotée d'une voix maigre, le plus beau rendu se situe dans le souffle: on pose la voix et le timbre dans la respiration, qui ne sert plus seulement à soutenir la vocalise par la respiration diaphragmatique mais également à projeter le son en lui-même. Technique ardue, épuisante et particulièrement usante pou les cordes vocales. Mais comme pour les chorégraphies, l'alternance de jeu et de sincérité indispensables sur scène, elle montre une capacité d'intégration assez bluffante. La mise en scène, parfois pompière, n'éclipse cependant pas l'évidence: elle a le charisme et l'instinct de scène, c'est à dire l'essentiel qui ne s'apprend pas. Mylène Farmer: cas cliniqueMême son équipe est surprise par l'ampleur de son aisance scénique, sa capacité à nouer le dialogue avec les gens qui viennent la voir, alors que son image publique véhicule une froideur qui est à l'opposé. On lui demande ses impressions après sa toute première date à Sainte Etienne: « J'ai eu l'impression de me vomir. Ce qui n'était pas désagréable en soi ». Dans le monde de Mylène, tout est finalement assez simple.

    Mylène Farmer: cas clinique

    Cette première scène, pour somptueuse qu'elle soit, la voit encore relativement réservée, comme parfois tétanisée par la réponse qu'elle reçoit de la salle: elle ne dit rien ou presque, tout le contact se passe en musique. Muette. Ca changera énormément par la suite: 7 ans plus tard, de retour des USA régénérée et affichant une trentaine étincelante, elle aborde un live complet en s'autorisant à sortir de la mise en scène millimétrée: reprise des refrains avec le public, petites interventions parlées, utilisation des inévitables « couacs » du direct (un pantalon qui tombe et qui lui permet d'allumer 8000 personnes balançant entre la transe et l'hilarité: « Je l'enlève ou je le remets? Réponse hurlante de la salle: « Je vais l'enlever! » avec un petit rire se perdant dans la clameur). Allant même plus tard dans le concert jusqu'à utiliser les épaules d'un bodygard pour sauter dans la fosse et tapper dans les mains de toute la longueur d'un premier rang dans tous ses états.

    La scène va devenir le Graal absolu de Mylène Farmer, sa raison de vivre. Elle y pleure parfois, ce qui va faire beaucoup jaser. Des photos volées en coulisses montrent à l'évidence que la donzelle ne triche pas: elle est effondrée. Ce ne sont pas les pleurs mimés de Michael jackson ou de Madonna: elle bave, il y a de la morve sur le micro, elle tremble de partout et sa voix s'étouffe ou se perd. Elle expliquera que ses propres mots portés en écho par des milliers de voix devant elle, les regards, les signes, sont des moments qui la bouleversent au-delà du supportable. L'énergie et les espoirs investis rencontrent une adhésion publique hors de proportion, inattendue. Lors des premières dates, elle se retient, rien ne sort. Puis un de ses amis chanteurs -et il y en a très peu- lui demande un soir: « Pour qui tu chantes? ». Elle répond: « Pour moi ». Il lui apprend une autre vision qui perdure encore aujourd'hui en concluant l'échange par: « Moi, je chante pour eux ». Révélation. La scène est son lien privilégié, elle peut tout y faire, et surtout confiance. Cette dynamique et cette compréhension tacite ne se démentira plus. Elle a trouvé sa place. Pour reprendre Karen Blixen, sur scène elle est exactement là où elle se doit d'être.Mylène Farmer: cas clinique

    La tournée se clôt par deux dates à Bercy en décembre 1989. Laurent en a profité pour filmer le concert avec un soin maniaque et précurseur. Pas de video, du 35 mm. Certaines scènes sont filmées sans public, afin de bénéficer de plans impossibles à réaliser en public. Allant jusqu'à sublimer un geste ou un regard. Un concert filmé comme aucun autre, à l'évidence.

    Un clip, « Allan », est tiré du live également. L'occasion pour Boutonnat et Farmer de détruire intégralement le décor du spectacle à coup de lance-flamme et de dynamite. A cheval entre triomphe, esthétique et nihilisme.

    Bertrand Lepage devient ingérable et elle se sépare de lui en 1990. Il témoignera de la grande humanité de son ex-protégée qui prend la peine de lui expliquer la séparation inévitable et de lui faire parvenir par après un mot disant simplement: "si tu as besoin de moi, je suis là". Il se suicidera en 1998, malade et inconsolable. Thierry Suc, qui collabore avec eux depuis 1988, prend la relève et n'en bougera plus.

                                                                                                                                                                                                                                        

                                                                                                                                                                                                                                                       Dans la loge avec Bertrand, Tour 89: tout est chaos

    Mylène Farmer: cas cliniqueEt après?

    Le virage des années 90 est casse-gueule pour ses collègues, elle s'en fout et balance Désenchantée en innondant le marché une fois pour toute. Près de 2 millions de vente en single, près de 2 millions de vente pour l'album « L'autre » en 1991. Le titre le plus diffusé sur les ondes françaises deux années durant, le clip le plus diffusé sur les chaînes, un hymne. La chanson obtient involontairement une forte résonnance dans une France épuisée par les années Mitterrand. Mylène Farmer: cas cliniqueClip Boutonnesque à nouveau. Les singles se suivent et enfoncent le clou à chaque fois, soutenus par un clip made in Laurent: Regrets avec Jean-Louis Murat, Je t'aime mélancolie, Beyond my control, extrêmement violent et censuré avant minuit.

                                                                                                                                                                Farmer et la lutte anti-tabac: duo gagnant

    C'en devient presque mécanique. Les médias commencent à en avoir ras-la-casquette du duo infernal et de son succès qui n'en finit pas.

    En 1991, le standardiste de sa maison de disque est abattu par un fan déséquilibré qui cherche à la rencontrer. Le fan tire sur le jeune homme, grimpe à l'étage, il panique et son arme s'enraye. Le massacre est évité de peu.Mylène Farmer: cas clinique

    Farmer, aux tendances déjà farouches qui ne sont plus à démontrer, est mortifiée. Elle prend contact avec la famille du défunt et apporte une aide financière à l'occasion d'une visite chez la veuve de ce dernier. Mais pour elle, l'heure a sonné: retrait total. Elle ne s'exprimera plus qu'en chanson, en clips ou sur scène. Elle est arrivé à son but premier: être libre et se passer du service après-vente grâce à un soutien public massif. Mais le prix à payer lui apparaît dans toute sa froideur.

     

    Giorgino: iceberg droit devant

    C'est dans ce contexte idéal que le rêve de Laurent Boutonnat est mis en chantier: Giorgino, son premier long-métrage. Long, c'est un euphémisme: plus de trois heures de folie, d'asiles, de neige, de glace, de vieux édentés, de vieilles pas mieux loties, de fous se roulant dans leurs excréments, de loups statufiés, de villageois frappadingues, de jeune beau tuberculeux, d'autiste têtant le sein de sa nourrice en bavant, d'orphelins noyés et tout ce qui vous plaira M'sieurs-dames! Une histoire qu'il écrit depuis plus de dix ans. Farmer y tient un rôle secondaire avec un aplomb certain: autiste. La composition fut certainement laborieuse. Casting impressionnant (Jean-Pierre Aumont, Joss Ackland, Louise Fletcher, Frances Barber, Albert Dupontel... et un nouveau venu qui s'en tire avec les honneurs: Jeff Dahlgren, musicien punk américain), six mois de tournage, 80.000.000 de francs investis en partie par les deux compères. Et la relation du tandem qui commence à en prendre plein la gueule sur le tournage.

    Mylène Farmer: cas clinique

    Les techniciens témoigneront plus tard d'une ambiance névrosée et violente, avec un Boutonnat devenu fou, une Farmer (à nouveau) muette et soumise aux quatre volontés de son mentor. Leur couple n'y survivra pas et leur dynamique créative n'en réchappera que de peu.Mylène Farmer: cas clinique

    Laurent Boutonnat lâchait en 1993: « Nous allons finir par payer tout cela très cher, on ne peut pas continuer à jouer avec la noirceur impunément ». Visionnaire, il ignore que le moment est venu.

    Car le verdict est un impitoyable échec. Mais comme tout ce qu'ils font, pas en petit: c'est un échec sanglant et énorme. 60,000 entrées sur l'ensemble du territoir français. Rien, quoi. Outre les pertes financières qui grèvent sérieusement leurs réserves, la critique se déchaîne. L'heure de la vengeance a sonné. Farmer ne change rien, assure une promo minimum par loyauté pour finalement, épuisée et psychologiquement en lambeaux, se tirer dare-dare aux Etats-Unis. L'anonymat la rassure, elle se décolore les cheveux, passe son permis, découvre le soleil et prend du recul sur cette carrière monstrueuse et invraisemblable qui est la sienne. Pour quelqu'un qui voulait exister, c'est réussi! Tandis que Laurent sombre dans la dépression, rachetant les droits de son film pour l'enfermer à l'abris des regards pendant de longues années.

    Mylène Farmer: cas clinique                                                                                                           

                           

                                                                                                                       Octobre 1994, avant-première de Giorgino: le bonheur, ça se lit sur un visage

    Dire de Giorgino qu'il est un mauvais film serait injuste. Il pèche par une particularité très simple: le délire obsessionnel de son créateur pour la folie, la noirceur, le glauque. On aime ou pas, mais la sincérité du tandem n'est plus à remettre en cause: ils ont atteint la saturation de ce qu'ils pouvaient exprimer. C'est un long film contemplatif reprenant par le menu tout ce que Laurent Boutonnat adore, avec un soin maniaque apporté aux images,

     

    Los Angeles après Giorgino: blonde cherche sortie de secours

    à la musique. Mais Laurent Boutonnat se vautre dans sa création en ayant pratiquement perdu tout approche de la réalité, il se noie dans les affres de son histoire comme les enfants se sont noyés dans l'étang du film. Noir, noir, noir, tout y est désespéré.

    On parle aujourd'hui de Giorgino en termes plus mesurés, voir élogieux. Mylène, pour sa part, ne retirera jamais son soutien à Laurent et à son film. Elle en a assumé l'échec à l'époque et en assume le statut culte aujourd'hui. Se bornant à commenter, lorsque l'enfant monstrueux sort enfin en DVD en 2007, qu'il s'agit « d'un film troublant, sans doute incompris à sa sortie... moi en tous cas, j'ai aimé faire ce fim, et j'aime ce film ».

     

    A quoi je sers...?Mylène Farmer: cas clinique

    Les USA sont une renaissance. Elle y vit avec Jeff Dahlgren. Laurent la rejoint, traumatisé mais il faut relancer la machine. L'album « anamorphosée », l'un des meilleurs, est issu très exactement de ce bouleversement dans la personnalité des deux artistes et de la nécessité d'aller découvrir de nouveau horizons.

    La relation professionnelle est en mode cordial mais chacun sort complètement assommé de ces dix années fusionnelles. Farmer commence à broder sur leur équation perturbée et cela donne de très jolis résultats, parmis les plus beaux textes qu'elle ait signé:

     

     

     

     

    Anamorphosée avec Herb Ritts: on efface tout et on recommence

    Mon aquarium
    C'est pas du barnum
    J'vois tes grand airs
    De diamantaire
    T'as plus de mystère
    Comme tu as changé
    T'es pas plus beau vu de haut
    Moi comme j't'aimais
    Tu f'sais la planche sur le dos
    Voir ton île

    Des améthystes
    Mylène s'en fout
    L'éclat du chic
    Mylène s'en fout
    Le jade est un joyau bien plus doux
    Au creux du nombril
    Mylène nue en dessous

    Moi mes splendeurs
    Sont celles du coeur
    Ta mode s'emmure
    Le jade est pur
    Son style perdure
    Comme tu as changé
    Ta poésie a pris l'eau
    Viens comme tu es
    Mais sans parure c'est plus chaud
    Sur mon île

    Elle annonce par ailleurs qu'elle reprend du service en parlant d'elle-même:

    J'perçois tes funérailles
    Cerveau en bataille
    Tu te veux liquide
    Pantin translucide
    Mais tu n'pourras rien changer
    Côté sombre, c'est mon ombre
    Dissoute dans l'éternité
    Et l'astre est de cendre

    Ton fantôme intérieur
    Affronte tes heures
    Assassin blotti
    Ton pire ennemi
    Tu veux t'expulser de toi
    Mais ta vie fait envie
    Ton fil tu l'aimes déjà
    Et l'astre s'élève
    Oh...

    Mets ton âme de lumière
    Et tournoie et tournoie
    Mets ton habit de mystère
    Et tournoie et tournoie
    Sous ton âme la plainte amère
    Panse la, donne-la
    Mets ton âme de lumière

    Dedans tout n'est que faille
    Ton coeur de cristal
    Se brise au moindre éclat
    De rires et de larmes
    Aux morts qu'importe les dés
    Le soleil, ton emblème
    Ne te sera dérobé
    Que pour l'éternel
    Oh...

    Mets ton âme de lumière
    Et tournoie et tournoie
    Mets ton habit de mystère
    Et tournoie et tournoie
    Sous ton âme la plainte amère
    Panse la, donne-la
    Mets ton âme de lumière

    Quand au titre d'ouverture, "California", il lui permet de trousser un texte saturé d'idiomes made in USA détournés, de syllogismes amerloques chargés de double-sens. Mylène Farmer: cas cliniqueEt accessoirement de proposer un clip réalisé avec Abel Ferrara qui joue avec brio sur la double identité, la pute et la femme du monde, le tout emballé avec force conviction par une Farmer en pleine forme.

    Boutonnat signe les musiques à un titre près, dont Mylène signe pour la première fois la composition.

    Il renonce en revanche à la caméra et ne la clippera plus avant 2001.

     

                                                                                                                                                         Pute et mondaine pour Ferrara

    La Farmer nouvelle est en voie de (r)évolution. Elle s'est initiée au boudhisme, a découvert un équilibre aux USA qui la libère de l'oppression qu'elle ressent à être reconnue en France.

    Mylène Farmer: cas clinique

    Mylène Farmer: cas cliniqueToute la dynamique de carrière s'en ressent et c'est une tournée lumineuse et triomphale qui suit la sortie de l'album, qui passe lui aussi le cap du million d'exemplaires vendus. Retour en grâce. Le privé en prend un coup dans l'ombre: au milieu de la tournée, son petit frère, Jean-Loup, est tué dans un accident de la route, écrasé par un camion. Farmer prend sa filleule en charge, c'est tout ce que l'on sait.

     

     

     

    La tournée achevée, elle disparaît entièrement jusqu'au suivant, « Innamoramento » en 1999. La relation avec Laurent semble sur le point de sombrer: elle signe cinq compositions, assume pour la première fois seule la conception et la mise en scène de la tournée qui suit, le Mylenium Tour.

    Mylène Farmer: cas clinique

    Laurent assiste à une date à Bercy et en ressort impressionné. Il faut dire qu'elle n'a pas fait dans la dentelle: 20.000.000 d'euros de budget, pour 43 dates sur 4 pays. Mylène pourrait visiblement se passer de lui et poursuivre sa carrière mais ne le souhaite pas et ronge son frein pendant que Laurent fait chanter à une nouvelle recrue Hasta Siempre et ratisse à nouveau les charts. Humiliation: alors qu'il refuse de cliper Mylène, il trousse un clip dont il a le secret pour sa nouvelle tocade. Caméra sélective. Il produit un album sans suite pour la donzelle, Nathalie Cardone. Flottement. Quand on lui en parle, Farmer se borne à répondre, se refermant comme une huître: « Laurent est libre de faire ce qu'il veut. Je leur souhaite simplement de faire quelque chose de différent ». Elle n'en pense pas moins et la Cardone, elle en ferait bien son repas du soir.

     

    Je te rends ton amour

    Au travers de l'abum, le second plus réussi, s'offre un visage qui se fissure, une mythologie fracturée qui pourrait faire sombrer le tout dans la noirceur à nouveau. Le ton personnel des textes est devenu tranchant, voir cruel dans « je te rends ton amour ».Mylène Farmer: cas clinique Elle charge François Hanss, assitant de Boutonnat, de réaliser le clip. Ultraviolent, blasphématoire -il lui vaut sa seconde excommunication-, sanguinolent et désespéré, le clip est interdit de diffusion. Farmer, comme à son habitude, s'en moque et sort le clip en cassette en reversant l'intégralité des bénéfices à la lutte contre le Sida: « la simple idées de censure me révulse, le public est capable de décider ce qu'il veut voir ou pas ». Le texte, un chef-d'oeuvre de clés et de codes, renvoie l'oeuvre d'Egon Schiele à une déclaration de damnation éternelle et comme un miroir, Boutonnat face à sa propre création sous le regard au scalpel de sa muse. Farmer déclarera que s'il lui fallait emporter une seule chanson avec elle, ce serait celle-là.

     

    M'extraire du cadre
    Ma vie suspendue
    Je rêvais mieux
    Je voyais l'âtre
    Tous ces inconnus
    Toi parmi eux

    Toile
    Fibre qui suinte
    Des meurtrissures
    Tu voyais l'âme
    Mais j'ai vu ta main
    Choisir Gauguin

    Et je te rends ton amour
    Redeviens les contours
    Je te rends ton amour
    C'est mon dernier recours
    Je te rends ton amour
    Au moins pour toujours
    Redeviens les contours
    "La femme nue debout"


    M'extraire du cadre
    La vie étriquée
    D'une écorchée
    J'ai cru la fable
    D'un mortel aimé
    Tu m'as trompé

    Toi
    Tu m'as laissé
    Me compromettre
    Je serai "l'Unique"
    Pour des milliers d'yeux
    un nu de maître

    Et je te rends ton amour
    Au moins pour toujours
    Je te rends ton amour
    Le mien est trop lourd
    Et je te rends ton amour
    C'est plus flagrant le jour
    Ses couleurs se sont diluées
    Et je reprends mon amour
    Redeviens les contours
    De mon seul maître : Egon Schiele et ...

    Appuyant une fois de plus ses références personnelles et ses codes (ses textes sont truffés d'allusions ou de résonnances à des vers de Pierre Reverdy, Lanza del Vasto, Luc Dietriech, Francesco Alberoni, Primo Levy, Amélie Nothomb, Edgard Poe, Verlaine et quantité d'autres) elle pousse le détail jusqu'à inspirer le visuel sur la propre signature -bien réelle celle-là- d'Egon Schiele.

                                                                    Mylène Farmer: cas cliniqueMylène Farmer: cas clinique

     

    Privée de Laurent, elle lui envoie encore une droite en tournant le clip d'Optimistique-moi sous la direction de Michael Haussmann.

    Tout cela est artistiquement bien joli et de haute volée mais humainement, Mylène Farmer semble paumée et proche du point de rupture.

     

    Ma petite entreprise: occuper l'ennui

    Surgit alors Alizée et une production maison qui va faire jaser et rentrer des millions supplémentaires dans les coffres Farmer-Boutonnat. « Moi, Lolita » est écrite et composée depuis longtemps mais le duo sait qu'il lui faut une interprète pour être crédible. Ce sera une jeune Corse qui passe sur M6 dans l'émission Graine de Star en chantant du Axelle Red. Repérée, contactée, placée. L'histoire se répète: on prend une jeune fille, on produit l'intégralité de ses prestations sur un mode comme toujours personnel (clips, fringues, images etc.) et c'est une véritable contagion: Moi, Lolita atteint la première place dans de nombreux pays, succès gigantesque. Mylène et Laurent ont trouvé un mode de travail en commun qui renouvelle leur entente: s'occuper d'une autre, ça permet toujours d'éviter de se regarder dans les yeux. Tout cela sonne mais rend également une impression artificielle en regard de la production Farmer, nettement plus chargées question tripes. Le conseil de Mylène à sa protégée? « Sois sincère, il n'y a que ça qui paye ». Elle le sera: elle quitte le tandem après un deuxième album tout aussi réussi que le premier... et tout aussi artificiel. Bonne joueuse, Mylène vend à son ex-protégée les droits de son nom et de tout ce qui suit pour un euro symbolique.

    Nos deux jumeaux se retrouvent à nouveau en face à face avec une question lancinante: que faire à présent?

    Un best of en 2001, le premier, ça occupe et ça en profite pour pulvériser les records de vente du genre (plus d'1.500.000 exemplaires vendus).

    Mylène tâte de l'international avec Seal (Les mots) ou Moby (Slipping away/crier la vie), énormes tubes mais la foi n'y est pas des masses. Du travail de pro avec une personnalité quelque peu en retrait. Paradoxe: elle est à un tel stade de starification qu'elle vend même en faisant le minimum. Mylène Farmer: cas clinique

    Mais quelque chose est arrivé dans la vie de Mylène Farmer et son travail s'en ressent en profondeur: elle a rencontré Benoît Di Sabatino, producteur et réalisateur, allure beau gosse-Largo Winch, ils ne se quittent plus. Mylène Farmer heureuse: ça change tout.

      

     

                                                                                                                                                                                                              

                                                                                                                                                                                                                                                                

                                                                                                                                                                                                                                        A l'Elysée pour David Lynch avec Benoît: tenue correcte exigée

    Tout pour la scène

    Ils vont enfin se réveiller et se retrouver en 2004 sur un point commun: le goût du défi. Une scène gigantesque (Bercy) pour une première: un spectacle intransportable. L'album qui soutient ce dernier, Avant que l'ombre..., mélange pour la première fois le sublime au passable. Parfois un manque de punch, de désir, d'appétit tout en soumettant un remarquable travail de production (les arrangements pour cordes sont un sommet du début à la fin) et un titre confession sinistre et vertigineux: Avant que l'ombre, en ouverture de l'album. Globalement, si l'on compare « Innamoramento » en 1999, saturé de fêlures, de doutes et de vieillissement craint, « Avant que l'ombre... » cinq ans plus tard offre à écouter des digressions sans fins sur l'amour, l'état amoureux, mais sans cette connotation morbide qui suivait la création Farmer jusque là. Elle y évoque ces « flux de tailles, un feu de failles » de façon assez osée, consacrant carrément un titre entier (porno-graphique) à... l'anulingus, comme quoi il n'est jamais trop tard pour explorer des thèmes franchement inabordables.

    Prétexte à toutes les folies -et on sait maintenant qu'elles ne manquent pas dans l'imaginaire des deux compères- ces treize dates archi-pleines à Bercy marquent les esprits. La presse tombe des nues, le public, mélangeant à présent fans accros et grand public, venu de France, d'Europe et même de Russie, tout concours au triomphe et c'est le cas.

     

    Mylène Farmer: cas clinique

     

    Bercy fait publier dans Libé un encart pleine page brandissant

    un joyeux « Merci Mylène, Merci Laurent! »: en plus d'avoir offert une incroyable publicité à la salle, ils ont fait tourner l'économie du quartier (hotels, restaurants, trains, bus) pendant deux semaines pleines.

     

     

    Avec un final crépusculaire sur la chanson éponyme de l'album, utilisant en première mondiale un immense rideau d'eau tombant des cintres de Bercy pour alternativement offrir une projection du visage de la chanteuse, son ombre et le mot « passé » découpé en gouttes qui se disloquent dans les airs. Comme le soulignera un journaliste belge présent: « A ce moment-là, on s'est vraiment frotté les yeux en croyant rêver ».

    Mylène Farmer: cas clinique

    Le reste du spectacle, monumental, offre un fourre-tout de genres. Farmer y sacrifie à la mégalomanie autant qu'à l'épure, passant d'un jeu à l'autre, d'une surprise à la suivante, sans s'essoufler. Son chant est devenu excellent, tenue de souffle impeccable, peu de fausses notes, chorégraphies réduites d'autant fatalement. Le public en prend plein la figure et le tandem assoit sa réputation scénique bien établie sur un désir formulé par Laurent en conférence de presse: « l'idée essentielle, c'est de pouvoir vraiment tout faire ». Mylène Farmer: cas cliniqueDe fait, le son décoiffe (les basses sont dissimulées sous les gradins et l'ensemble de la projection sonore tourne autour du spectateur où qu'il soit dans la salle), les lumières sont somptueuses, recherchées, elles aussi réparties sur toute la salle, les effets magistraux. Avec ce Bercy intransportable, Farmer et Boutonnat explicitent un choix artistique convainquant doublé d'un terrain d'entente fertile pour leur créativité: tout et plus pour la scène.

    Ils ont tout fait en chanson, c'est un domaine qu'il savent exploiter mais la surprise devient difficile à créer. Ils sont coincés en studio par un cahier de charges épais et contraignant: le public en attente est devenu trop large. C'est le problème habituel quand le succès vous piège: tentez l'avant-garde et l'on vous dira que la magie n'y est plus. Composez ce que vous savez faire et l'on vous dira que vous radotez. Tous les artistes ayant en commun un (très) gros succès commercial, toute époque et genres confondus, réagissent de façon identique: la place que l'on occupe n'est jamais assez certaine que pour risquer de perdre ce que vous avez. Alors on tâche de donner à ceux qui vous aiment ce qu'ils attendent de vous. La différence -de taille- avec Farmer et Boutonnat est qu'au lieux d'oublier leurs audaces, ils ont déplacé ces dernières du studio à la scène. Les concerts offrent des possibilités infinies ainsi qu'un travail artistique de préparation autant que d'accomplissement exceptionnel: dans leur position, l'auditoire est à ce point gigantesque qu'ils peuvent aller là où personne n'ose ou n'a les moyens d'aller en France. Moralité: un défilé de collègues chanteurs viennent voir ce machin intransportable qui fait tellement parler de lui: Chamfort ou Daho adorent, Muse veut la même chose, Zazie avale péniblement et ainsi de suite, tout le monde y passe. La qualité de leur travail de production entérine une réputation internationale haut-de-gamme, prisée comme une référence par la profession. On en est plus à un paradoxe près.Mylène Farmer: cas clinique

    Amusant: jamais avare d'une originalité, Farmer tient absolument à partager chaque soir avec le public sa nouvelle tocade: le travail du réalisateur Alain Escalle. Lequel travail est offert sur un immense écran descendant du plafond en guise de première partie. « Les contes du monde flottant », tout un programme, pour 30 minutes asiatiques et ésotériques auxquelles le public, sympa, essaye de comprendre quelque chose... des allégories sur Hiroshima, des images de destruction, suivies de longs plans contemplatifs avec Gueishas alanguies grattant de la cythare. La salle patiente, quelqu'un crie: « Mylène, change de chaîne! » et tout le monde rigole avant de reprendre le suivi de ce compte décidément bien particulier. Farmer est pourtant à ce point séduite qu'elle dédicace le programme en personne avant qu'il ne démarre: « j'ai découvert le travail d'Alain Escalle et je tenais absolument à le partager avec vous. Avant que l'ombre... MF ». Moment intéressant qui met en exergue l'incroyable intimité -y compris dans l'humour- qui s'est nouée entre un public gigantesque et sa chanteuse planquée en mode relax.

     

    Plus vite que la musique: il te faut du temps

    FMylène Farmer: cas cliniquearmer disparaît à nouveau pour quatre ans et donne de ses nouvelles en 2008 avec l'album « Point de suture ». Départ de cicatrisation ou promesse qu'il n'y en aura aucune, on ne sait, le titre est à double sens. Le texte est né du film Carlito's way, lorsque Pacino, en voix off, clôt le film sur cette phrase: « Tous les points de suture du monde ne pourront me recoudre ». La chanson-titre est l'une de ses plus belles. Le visuel, dark à souhait et shooté par l'artiste japonais Atsushi Tani, expose une poupée couturée et rousse au milieu d'instruments chirurgicaux. Farmer se montre de dos, avec un tatouage en forme de cicatrice, de l'hébreu signifiant: « Avec la volonté de Dieu ». Mylène Farmer: cas clinique

     

    Le format sonore peine parfois à convaincre, avec des titres vraiment limites (« réveiller le monde ») question arrangements. Un titre d'exception (Point de suture), un ovni séduisant et tordu (Dégénération), bref, le très beau cotoie le moyen. Les fans sont néanmoins contents, le grand public suit, et chacun sait que de toutes façon, tout ça va prendre forme en live.

    Car l'album est à nouveau créé pour la scène et la gigantesque tournée qui suit en 2009.

    Tournée au cours de laquelle elle atteint à nouveau la perfection. Stade de France, salles couvertes, stades russes ou suisses, elle se paye le tout et ça marche.

    Mylène Farmer: cas cliniqueMylène Farmer: cas clinique

    Tout un concept est créé autour du Transi, sclupture réaliste du passage de la vie à la mort. Mise en scène sans temps morts alliant à nouveau gigantisme et intimité, voix travaillée, la grande classe.

    La presse commence à se montrer moins violente et la longévité du phénomène y est pour quelque chose: Mylène vieillit – plutôt bien d'ailleurs- et aborde la cinquantaine.

    La cadence s'accélère de façon étonnante. Farmer commence à montrer des signes de panique devant le temps qui passe et mets les bouchées doubles pour rattraper en vain ce dernier.

    Mylène Farmer: cas clinique

    Moins d'un an après les concerts, en 2010: surprise. Soucieuse de tirer toutes les cartouches possibles et de ne rien s'interdir comme d'habitude, elle sort déjà un nouvel album, « Bleu noir ». Sans Laurent Boutonnat pour la première fois mais sans fâcherie non plus. Commun accord. La qualité du travail effectué est remarquable. Collaboration avec Moby, Redone et Archives. Un « Oui mais... non » efficace, tubesque et cependant quelque peu artificiel dissimulant un album délicat, consacrant une écriture soignée et simplifiée. « Bleu noir », « Leila », « Diabolique mon ange », « Toi l'amour », « moi je veux », « m'effondre » sont de vraies réussites qui, si elles n'ont pas l'évidence boutonnienne et sa prise immédiate, méritent néanmoins une écoute attentive. Des titres qui bénéficient d'un gros changement question arrangements avec l'absence de Laurent. Ce que l'album perd en évidence, il le gagne en modernité et en sobriété.

    Pas le temps de souffler, deuxième best of en 2011, qui permet au duo de sortir deux inédits: Du temps et Sois moi (be me). Si le premier passe malgré un arrangement à la limite (la qualité de composition rattrapant le tout), le second se situe carrément dans le n'importe-quoi et inquiète: Mylène s'en fout, pour le coup, ça s'entend. Le pire titre de sa carrière, avec un Boutonnat émerveillé devant deux notes de klaxon.

    Nouvel album studio en 2012: Monkey Me. Ce qui pourrait se traduire autant par « Singe-moi » que « moi le singe ». Retour à un concept fort -son singe ET est mort en 2011 et tout l'album s'en ressent- et même si le temps qui passe devient une obsession étouffante, avec des arrangements cette fois volontairement vintage mélangeant ancien et nouveau, c'est à une écriture à nouveau maîtrisée et des thèmes bien plus accrocheurs que le public a droit. Un album réussit sans être révolutionnaire, mais heureusement très loin de Sois moi (be me).Mylène Farmer: cas clinique

    Timeless 2013 est le nom de la tournée prévue à l'automne. 39 dates sold out en une semaine.

    Mylène Farmer a 52 ans.

     

    Avant que l'ombre...: conclusion

    A l'addition, Mylène Farmer offre une carrière unique et stupéfiante de par l'ampleur de son succès. Lequel n'était pas prévu. Les records se sont additionnés au point d'en faire un cas d'école.

    S'il ne s'agissait que de cela, ce serait déjà impressionnant.

    Mais le contenu artistique de ce dernier, comportant de vraies créations et un style unique créé à partir de rien, signe un trajet qui aura marqué son temps.

    Sa disparition inévitable provoquera à coup sûr un regard dans le rétro qui permettra une mise en perspective de l'incroyable somme de travail et de réussite accumulés.

    Contrairement au costard qui lui est régulièrement taillé, elle ne travaille plus pour l'argent. Nul besoin matériel qui ne soit comblé -en clair: elle est blindée- et paradoxalement, Farmer ne vit pas en dehors d'une certaine réalité. Cet anonymat qu'elle a jalousement sauvegardé en vivant à l'étranger où on ne la reconnaît pas a été le garant de sa santé mentale et de cette capacité de régénération qui lui a permis de distancier les autres sur la durée, et de très loin.Mylène Farmer: cas clinique

    Elle a su gérer, digérer, ne rien prendre pour acquis et nourrir ce qui sera toujours le lien absolu: son respect du public. Car, qu'on l'adore ou qu'on la déteste, la rousse chanteuse est parvenu à négocier tous les virages sans jamais rien perdre de son auditoire et en respectant ce dernier avec une intransigeance qui force l'admiration. Les bides sont rares, elle a volé de succès en succès. Trop sans doute, se retrouvant enfermée dans des vêtements parfois trop étriqués comme elle le dit elle-même assez joliment.

    Nul ne sait si elle continuera. On peut espérer que non, qu'elle ne fasse pas le pas de trop. Ou que oui et qu'elle mette cette formidable audace au service d'une tournée intimiste en petites salles, amenant au grand public des chansons peu connues qui méritent pourtant de l'être. Elle possède une base artistique lourde qui lui permettrait de vieillir avec élégance. Ce qui relèverait de l'ultime succès. Celui sur lequel tous les autres ou presque se sont planté dans sa corporation.

    Alliant poésie et variété, vrai talent d'écriture et efficacité pop, provocation et raffinement, ayant toujours évité la vulgarité jusqu'ici, le risque de faux-pas est grand. Car son talon d'Achille, cent fois démontré et qui a fait sa gloire pourrait également la défaire: son incapacité à taire ce qui la terrifie. Et aujourd'hui, c'est de vieillir qu'il s'agit.

    Où qu'elle aille, Mylène Farmer aura en tous les cas réalisé ce qu'elle déclarait en 1988:

     

    « Je ne veux pas être de celles que l'on aime, mais de celles dont on se souvient ».

     

    Remerciements:

    Un grand merci au site www.mylene.net pour leur concours précieux quand aux images de cette chronique et leurs ressources factuelles permettant de vérifier une date ou un budget en un clic!

    Un grand merci à Clément (Woodstock), qui a apporté à cette chronique l'exactitude de ses connaissances (encyclopédiques!) concernant Mylène Farmer et son parcours avec spontanéïté.

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    Un répertoire aussi vaste couvrant des périodes très différentes demande un tri obligatoire et néanmoins fourni.

    Pour ne pas manquer la qualité, une sélection chronologique et thématique:

     

    A l'écoute et au clip:

     

    Première période (84-87):

    Maman a tort http://www.youtube.com/watch?v=-W5UtgHK5bU

    Plus grandir http://www.youtube.com/watch?v=Mi7xDBtyXQA

    Libertine http://www.youtube.com/watch?v=9lqA_tod6qs

    Tristana http://www.youtube.com/watch?v=QlTco8Yg1cY

     

    Deuxième période (87-93):

    Sans contrefaçon http://www.youtube.com/watch?v=d03wJOgoq1k

    Ainsi soit je http://www.youtube.com/watch?v=d4tc05NKYmU

    Pourvu qu'elles soient douces http://www.youtube.com/watch?v=VpDwy1qBeeg

    Sans logique http://www.youtube.com/watch?v=CokOcBAjLEM

    A quoi je sers... http://www.youtube.com/watch?v=uiyj0DOWL0Y

    Désenchantée http://www.youtube.com/watch?v=RUQZZW2GrAA

    Regrets http://www.youtube.com/watch?v=RhBE4z8XYCU

    Je t'aime mélancolie http://www.youtube.com/watch?v=nT5deeGfC8o

    Beyond my control http://www.youtube.com/watch?v=x1mdhSKYU7Y

    Que mon coeur lâche http://www.youtube.com/watch?v=RG7DxFdbqxw

     

    Troisième période (95-2000)

    California http://www.universalmusic.fr/mylene-farmer/video-clip/mylene-farmer-california-1/

    Xxl http://www.youtube.com/watch?v=5Ezp4NaA0xA

    L'instant X http://www.wat.tv/video/mylene-farmer-l-instant-2005-1g3hc_2i32h_.html

    Comme j'ai mal http://www.youtube.com/watch?v=_DXBpxsCjhk

    L'âme stram gram http://www.wat.tv/video/mylene-farmer-ame-stram-gram-jwfb_2gmcz_.html

    Je te rends ton amour http://www.youtube.com/watch?v=w5rwVEHweTg

    Optimistique-moi http://www.youtube.com/watch?v=QGwsGcCP05Q

     

    Quatrième période (2000-2013)

    Les mots http://www.youtube.com/watch?v=b1oDMZX0cZM

    Pardonne-moi http://www.youtube.com/watch?v=NO17iO7uTBQ

    Fuck them all http://www.youtube.com/watch?v=Dd1GIh4QAsk

    Avant que l'ombre... live http://www.youtube.com/watch?v=xtt0hWOIMzc

    The Farmer project http://www.youtube.com/watch?v=xtt0hWOIMzc

    Leila http://www.youtube.com/watch?v=_6yS104Ew4I

    Lonely Lisa http://www.youtube.com/watch?v=l2-t78X0M40

    Du temps http://www.youtube.com/watch?v=x_THOAo2RJg

    A l'ombre http://www.youtube.com/watch?v=4VH7Eg5LJpc

     

    Titres méconnus à découvrir (disponibles en téléchargement légal):

     

    Première période (84-87)

    Au bout de la nuit

    Greta

    Chloé

     

    Deuxième période (87-93)

    L'horloge (live)

    Dernier sourire

    Agnus Deï

    L'autre...

    Mylène is calling

     

    Troisième période (93-2000)

    Vertige

    Eaunanisme

    Mylène s'en fout

    Laisse le vent emporter tout

    Et si vieillir m'était conté

    Pas le temps de vivre

    Méfie-toi

    Consentement

    Effets secondaires

    Innamoramento

     

    Quatrième période (2000-2013)

    Pardonne-moi

    Redonne-moi

    Porno-graphique

    Aime

    Nobody knows

    Point de suture

    Moi je veux

    Leila

    M'effondre

    Elle a dit

    Monkey me

    Tu ne le dis pas

    Quand

     

     


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  • Commentaires

    1
    Loic-h
    Mercredi 13 Novembre 2013 à 03:42

    Super article, très bien écrit, complet, objectif, avec des anecdotes rares et intéressantes et une bonne dose d'humour
    Merci !

    2
    ES
    Jeudi 14 Novembre 2013 à 11:57

    Superbe article, loin du mièvre habituel et des non-dits.

    3
    animal
    Samedi 14 Décembre 2013 à 05:58
    Bien fait!! Je suis l'artiste depuis plus de 25 ans et j'ai appris beaucoup de choses ! Merci! Longue vie à celle qui me permet de rêver...
    4
    Simona
    Samedi 11 Janvier 2014 à 01:55

    J'ai aime vous lire, l'article est tres bien ecrit, felicitations! J'aimerais une continuation avec des impressions sur Timeless :)


    Merci!

    5
    Av
    Dimanche 9 Février 2014 à 15:43
    Article rare, documenté, juste, sans excès et d un point de vue distancié.
    6
    Alain B
    Lundi 17 Février 2014 à 03:05

    Merci pour ce très beau travail

    Identique à Mylène finalement

    Mylène l'esthétisme absolu

    l'art dans ce qu'il s'épanouit dans la recherche de l'excès positif

    aller jusqu'au bout sans compromis

    là où il n'y a plus rien à ajouter,

    là où il n'y a plus qu'à consommer à ressentir et à jouir.

    c'est pour cela qu'on l'aime et qu'elle nous aime sur scène

    point n'est besoin d'un lit

    c'est là-bas qu'on se lit

    c'est ainsi qu'on se lie

    Alain

    7
    Cedric
    Mercredi 26 Février 2014 à 18:32

    Mon cher Arnaud,


    Voilà que je te retrouve enfin, et en plus, sur ce sujet qui nous a tant passionné... Et qui me passionne toujours ! Et oui je continue d'acheter les disques depuis qu'on faisait leur longue analyse ensemble, il y a, quoi, 25 ans déjà ? Mon dieu... Et j'ai trois live en permanence dans le chargeur de CD de mon auto.
    Oh je ne suis pas un intégriste, oh je reste particulièrement attaché à tout ce qui est d'avant 2000, mais je suis content de voir que toi et moi sommes restés fidèles :) En fait, non, je l'ai toujours su. 


    Je te dédicace celle-là, http://www.youtube.com/watch?v=a6OO3muLGys


    Je repasserai sur ton blog,


    Ced.

    8
    Jeudi 3 Avril 2014 à 02:49

    Mes remerciements, Pour tant d' inspirations insufflées, décisives , en trente années de mise en lumière

    9
    David
    Mercredi 22 Avril 2015 à 18:16

    Bravo pour ce magnifique article. Bravo !

    10
    Mardi 16 Juin 2015 à 12:11

    Merci aux nombreux lecteurs ayant commenté cette chronique sur Farmer!

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